{"id":15276,"date":"1994-10-23T08:58:41","date_gmt":"1994-10-23T07:58:41","guid":{"rendered":"https:\/\/mongonzalez.es\/?p=15276"},"modified":"2025-03-10T15:19:09","modified_gmt":"2025-03-10T14:19:09","slug":"15276","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/15276\/","title":{"rendered":"Mers de l\u2019Islam"},"content":{"rendered":"<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_81 ez-toc-grey ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">Liste des mers<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><a href=\"#\" class=\"ez-toc-pull-right ez-toc-btn ez-toc-btn-xs ez-toc-btn-default ez-toc-toggle\" aria-label=\"Toggle Table of Content\"><span class=\"ez-toc-js-icon-con\"><span class=\"\"><span class=\"eztoc-hide\" style=\"display:none;\">Toggle<\/span><span class=\"ez-toc-icon-toggle-span\"><svg style=\"fill: #999;color:#999\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" class=\"list-377408\" width=\"20px\" height=\"20px\" viewBox=\"0 0 24 24\" fill=\"none\"><path d=\"M6 6H4v2h2V6zm14 0H8v2h12V6zM4 11h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2zM4 16h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2z\" fill=\"currentColor\"><\/path><\/svg><svg style=\"fill: #999;color:#999\" class=\"arrow-unsorted-368013\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" width=\"10px\" height=\"10px\" viewBox=\"0 0 24 24\" version=\"1.2\" baseProfile=\"tiny\"><path d=\"M18.2 9.3l-6.2-6.3-6.2 6.3c-.2.2-.3.4-.3.7s.1.5.3.7c.2.2.4.3.7.3h11c.3 0 .5-.1.7-.3.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7zM5.8 14.7l6.2 6.3 6.2-6.3c.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7c-.2-.2-.4-.3-.7-.3h-11c-.3 0-.5.1-.7.3-.2.2-.3.5-.3.7s.1.5.3.7z\"\/><\/svg><\/span><\/span><\/span><\/a><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1 ' ><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/15276\/#i_les_mers_de_pierre_ocre\" >I. Les mers de pierre ocre<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-2\" href=\"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/15276\/#ii_les_mers_de_la_roche_rouge\" >II. Les mers de la roche rouge<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-3\" href=\"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/15276\/#iii_autour_de_la_mer_daqaba\" >III. Autour de la mer d&rsquo;Aqaba<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-4\" href=\"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/15276\/#v_autour_de_la_mer_morte\" >V. Autour de la mer Morte<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-5\" href=\"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/15276\/#vi_la_mer_sainte\" >VI. La Mer Sainte<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-6\" href=\"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/15276\/#vii_les_fleurs_de_la_mediterranee\" >VII. Les fleurs de la M\u00e9diterran\u00e9e<\/a><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n<p style=\"text-align: right;\">Pour que les sables rouges sachent garder les secrets<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Pour que l&rsquo;amour d&rsquo;un peuple ne s&rsquo;efface pas dans la nuit<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Pour que les eaux roses envahissent l&rsquo;\u00eatre<\/p>\n<p>Me voici&#8230; Suivant les pas de mon destin al\u00e9atoire qui m&rsquo;entra\u00eene dans la longue et inextricable rue de l&rsquo;Amertume&#8230; J&rsquo;essaie de le rattraper, de marcher \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, mais c&rsquo;est impossible, il est trop rapide, il a des ann\u00e9es d&rsquo;avance sur moi&#8230; J&rsquo;ai beau acc\u00e9l\u00e9rer le rythme de ma vie, mon esprit a d\u00e9j\u00e0 balay\u00e9 de sa lumi\u00e8re, des lustres auparavant, ce terrain, et je ne peux qu&rsquo;humblement et docilement recueillir dans mes mains la moisson que le destin et mon esprit ont sem\u00e9e pour moi&#8230; Cet \u00e9t\u00e9 n&rsquo;a pas non plus \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 l&rsquo;in\u00e9luctable proph\u00e9tie&#8230;.. Mon esprit avait sem\u00e9 pendant de nombreuses nuits de veille et de nombreux jours de sommeil un itin\u00e9raire parfait, une route compl\u00e8te : un cercle magique. Si vous placez une boussole sur une carte, que vous plantez l&rsquo;aiguille au c\u0153ur du d\u00e9sert du Sina\u00ef, que vous placez l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 au sommet de la pyramide de Kh\u00e9ops et que vous tracez un cercle&#8230;. C&rsquo;est ce cercle magique que mon esprit a trac\u00e9 autrefois et que mon corps devrait maintenant mat\u00e9rialiser ? Un r\u00eave que je devrais souffrir, ressentir et vivre dans la chair.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 dans l&rsquo;avion, mon esprit a tatou\u00e9 au stylo du doute sur ma peau ces mots : \u00ab C&rsquo;est bizarre que je sois seule ? Est-ce que j&rsquo;aimerais voyager avec quelqu&rsquo;un ? Je ne sais pas&#8230; Je sais que beaucoup de choses m&rsquo;accompagnent : les v\u0153ux de tant de personnes qui m&rsquo;aiment et qui m&rsquo;ont laiss\u00e9e derri\u00e8re elles et mon autre monde. Dans les deux, je trouve la force de rester alerte et \u00e9veill\u00e9e. Pour l&rsquo;instant, je sais qu&rsquo;aucune \u00e9preuve ne m&rsquo;attend \u00e0 proximit\u00e9, mais je crois que la travers\u00e9e du d\u00e9sert mettra mon corps et son endurance \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve. Je dois le fortifier pour qu&rsquo;il me serve de v\u00e9hicule\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h1><span class=\"ez-toc-section\" id=\"i_les_mers_de_pierre_ocre\"><\/span><strong>I. Les mers de pierre ocre<\/strong><span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n<p>Tout commence alors que l&rsquo;avion descend lentement au-dessus du <strong>Caire<\/strong>. Il faisait nuit et la ville \u00e9tait un magnifique amalgame de lumi\u00e8res et de couleurs. Tout n&rsquo;\u00e9tait que points dans la nuit. Des points et, au-del\u00e0, le n\u00e9ant, une obscurit\u00e9 infinie et noire.<br \/>\n\u00c0 l&rsquo;a\u00e9roport, j&rsquo;ai senti une joie immense rena\u00eetre en moi&#8230; S&rsquo;il y a une langue sur cette plan\u00e8te dont le simple roucoulement me fait vibrer, c&rsquo;est bien l&rsquo;arabe&#8230;<br \/>\nMais mon extase fut de courte dur\u00e9e. D\u00e8s que j&rsquo;ai franchi les portes du b\u00e2timent, je me suis retrouv\u00e9e envelopp\u00e9e par une foule d&rsquo;\u00eatres humains qui s&rsquo;\u00e9coulaient comme des gouttes d&rsquo;eau dans une violente trombe. Je me suis sentie petite&#8230; et perdue. Il y avait des gens qui en cherchaient d&rsquo;autres et dans leurs yeux on pouvait lire l&rsquo;angoisse de la recherche, d&rsquo;autres qui essayaient de vous vendre les services de leurs taxis \u00e0 des prix exorbitants, qui criaient pour attirer l&rsquo;attention, qui luttaient pour \u00eatre les premiers \u00e0 tomber sur la tendre proie, sur les touristes sans m\u00e9fiance. J&rsquo;ai ferm\u00e9 les yeux et j&rsquo;ai avanc\u00e9. J&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 traverser la foule sans attirer l&rsquo;attention d&rsquo;un quelconque ravisseur d&rsquo;imprudents. J&rsquo;ai respir\u00e9. Un homme s&rsquo;est alors approch\u00e9 de moi et m&rsquo;a dit : \u00ab Taxi ? \u00ab\u00a0Bikam ? \u00ab\u00a0Jamsin. \u00ab\u00a0La. Talatin au la shai. \u00ab Mashi \u00bb ou en d&rsquo;autres termes : \u00ab Taxi ? Combien ? \u00bb. Cinquante. Trente ou rien. D&rsquo;accord.\u00a0\u00bb Et c&rsquo;est parti&#8230; La pauvre voiture a d\u00fb tellement souffrir des ann\u00e9es qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas pu s&#8217;emp\u00eacher de pousser un g\u00e9missement pitoyable lorsque nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;adresse &#8230;. Ses entrailles craquaient.<br \/>\nIl m&rsquo;a fallu \u00e0 peine une demi-heure pour percevoir avec une clart\u00e9 totale l&rsquo;essence d&rsquo;Al Kahira (Le Caire). Une essence qui se r\u00e9sume \u00e0 la poussi\u00e8re, aux arbres, \u00e0 la police et aux klaxons&#8230;. Chaque b\u00e2timent, chaque v\u00e9hicule et chaque lieu est recouvert de cette poussi\u00e8re sablonneuse du d\u00e9sert qui lui donne sa touche indescriptible&#8230; La ville, croyez-le ou non, est pleine d&rsquo;arbres immenses et magnifiques sur les \u00eeles du Nil et dans de nombreuses rues et all\u00e9es&#8230; Il y a des policiers partout, soit les policiers blancs de la circulation, soit les policiers bruns et verts aux points de contr\u00f4le, soit les policiers bleus qui gardent les b\u00e2timents et les ambassades&#8230; Et les klaxons se font entendre par milliers, \u00e0 tout moment et depuis tous les v\u00e9hicules, car ils servent \u00e0 att\u00e9nuer les effets de cette paresse qui raidit les doigts et les emp\u00eache de toucher les commandes des clignotants. Au Caire, le klaxon sert de lampe t\u00e9moin, d&rsquo;indicateur, de feu de freinage ? Comme Dieu, il est partout.<br \/>\nLa premi\u00e8re merveille que j&rsquo;ai vue au Caire le lendemain, c&rsquo;est le Mus\u00e9e, pas tr\u00e8s bien entretenu, avec des pi\u00e8ces mal expos\u00e9es&#8230; mais grand, ineffablement beau, avec de tels tr\u00e9sors entre ses murs qu&rsquo;on se croirait dans un autre temps et un autre lieu. Naviguer dans ses salles, c&rsquo;\u00e9tait comme naviguer sur le bateau de la vie \u00e0 travers les royaumes de l&rsquo;au-del\u00e0. C&rsquo;\u00e9tait un voyage au c\u0153ur de la beaut\u00e9 \u00e0 travers la symbologie magique et riche de l&rsquo;Herm\u00e9tisme&#8230;<br \/>\nDans ses salles, toute l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00c9gypte ancienne \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e, divis\u00e9e selon la p\u00e9riodisation effectu\u00e9e vers 300 avant J.-C. par l&rsquo;historien \u00e9gyptien Man\u00e9thon, dans laquelle les trente et une dynasties sont regroup\u00e9es en quatre p\u00e9riodes (Protodynastique, Ancienne, Moyenne et Nouvel Empire).<br \/>\nPersonnellement, j&rsquo;ose douter de la v\u00e9racit\u00e9 de cette p\u00e9riodisation, car Man\u00e9thon affirme qu&rsquo;avant le d\u00e9but des dynasties, il y a eu un r\u00e8gne des dieux qui a dur\u00e9 13 900 ans, suivi d&rsquo;une p\u00e9riode de 11 000 ans gouvern\u00e9e par les demi-dieux. Je ne cesse de m&rsquo;\u00e9tonner que des historiens modernes, autrefois si attach\u00e9s \u00e0 la v\u00e9rification du scientisme, puissent accepter et perp\u00e9tuer une \u00e9pop\u00e9e \u00e9gyptienne comme base de l&rsquo;histoire et prendre la classification des dynasties de Manaton comme base de leurs th\u00e9ories et r\u00e9cits historiques. Et puisqu&rsquo;ils le font, pourquoi ne pas se demander qui \u00e9taient les dieux et demi-dieux qui r\u00e9gnaient auparavant et tenter de nous expliquer ce qu&rsquo;ils sont devenus ?<br \/>\nD\u00e8s la p\u00e9riode protodynastique, qui couvre les deux premi\u00e8res dynasties et remonte \u00e0 pr\u00e8s de dix-sept mille ans, on remarque la fiert\u00e9 et la d\u00e9f\u00e9rence avec lesquelles diverses statues pr\u00e9sentent M\u00e9n\u00e8s, \u00e9galement connu sous le nom de Narmer, l&rsquo;unificateur de la Haute et de la Basse-\u00c9gypte. De son corps, qui selon les r\u00e8gles de la sculpture applicables aux pharaons devait avoir des formes parfaites, \u00e9manait une harmonie totale : avec quelle dignit\u00e9 le premier pharaon de l&rsquo;histoire de la Grande \u00c9gypte portait-il la couronne des deux royaumes !<br \/>\nSi, \u00e0 un moment de l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00c9gypte, on a pu penser que les souverains n&rsquo;\u00e9taient pas des hommes, mais qu&rsquo;ils poss\u00e9daient un savoir sup\u00e9rieur, c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;aube de l&rsquo;Ancien Empire. De Thoser, premier roi de la troisi\u00e8me dynastie, \u00e0 Mikerinos, cinqui\u00e8me roi de la quatri\u00e8me dynastie, en l&rsquo;espace de deux cents ans, des monuments ont \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9s, si parfaitement con\u00e7us et pens\u00e9s qu&rsquo;ils ne seront jamais reproduits dans le reste de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9. La grandeur et la perfection des pyramides \u00e9rig\u00e9es \u00e0 cette \u00e9poque, depuis la premi\u00e8re pyramide, encore \u00e0 degr\u00e9s du pharaon Thoser \u00e0 Sakkara, jusqu&rsquo;aux trois joyaux de Gizeh, la grande pyramide de Kh\u00e9ops, la pyramide de son fils Ch\u00e9phren et celle de son petit-fils Mikerinos, ne pourront plus jamais \u00eatre imit\u00e9es.<br \/>\nLes quatre triades de Mik\u00e9rinos, conserv\u00e9es au mus\u00e9e depuis l&rsquo;Ancien Empire jusqu&rsquo;\u00e0 la XIe dynastie, repr\u00e9sentent le pharaon Mik\u00e9rinos dans un bas-relief en diorite et, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, \u00e0 sa droite, Athor, la d\u00e9esse de la beaut\u00e9, de l&rsquo;amour et de la joie, repr\u00e9sent\u00e9e par une femme sereine et souriante dont la t\u00eate porte deux cornes qui \u00e9treignent docilement un disque solaire. Le troisi\u00e8me en discorde de la triade appara\u00eet \u00e0 la gauche de Mikerinos et personnifie dans chaque sculpture une r\u00e9gion diff\u00e9rente des diverses r\u00e9gions de l&rsquo;Empire. Il est incroyable de penser que cette belle pierre verte, d&rsquo;une duret\u00e9 comparable \u00e0 celle du granit, ait pu \u00eatre sculpt\u00e9e avec une telle ma\u00eetrise et une telle pr\u00e9cision \u00e0 des moments aussi recul\u00e9s de l&rsquo;histoire, et que seules ces anciennes dynasties connaissaient le secret de sa sculpture, un art qui, myst\u00e9rieusement, allait lui aussi bient\u00f4t tomber dans la n\u00e9buleuse incertaine de l&rsquo;Oubli.<br \/>\nLa statue de Chephren, pharaon dont le nom signifie \u00ab Dieu de l&rsquo;aube \u00bb, est une autre statue en diorite verte qui fascine et captive le spectateur. Dans cette sculpture, Chephren incarne Osiris ; sur son visage hi\u00e9ratique, serein et impassible repose le faucon d&rsquo;Horus ; son corps est pos\u00e9 sur un tr\u00f4ne dont le dossier est constitu\u00e9 des ailes d&rsquo;Isis et le pi\u00e9destal de la d\u00e9esse lionne Sehmet.<br \/>\nPas une seconde ne s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9e et d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;esprit s&rsquo;\u00e9vade dans la poursuite de la fantaisie dans le royaume de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 pour tenter de rappeler les liens infaillibles qui unissent les dieux de la cosmogonie \u00e9gyptienne. L&rsquo;esprit brouille dans l&rsquo;espace les sc\u00e8nes o\u00f9 Osiris, Dieu de l&rsquo;Eternit\u00e9 et Souverain des Dieux et des Hommes, \u00e9pouse Isis, D\u00e9esse Supr\u00eame et M\u00e8re Divine, donnant naissance aux deux forces du Bien, Horus, le faucon, Dieu du Soleil, et Anubis, le chacal, Juge Ultime. Mais l&rsquo;\u00e9quilibre du Bien n&rsquo;est jamais \u00e9ternel et il y a toujours une riposte du Mal. C&rsquo;est ainsi que Seth, fr\u00e8re d&rsquo;Osiris, tua Osiris, mit son corps en pi\u00e8ces et dispersa les morceaux dans toute l&rsquo;\u00c9gypte. Isis chercha \u00e0 travers les eaux du Nil et les vastes d\u00e9serts \u00e0 reconstituer le corps d&rsquo;Osiris, et c&rsquo;est avec beaucoup d&rsquo;amour et de patience qu&rsquo;elle r\u00e9ussit \u00e0 redonner vie au corps de son \u00e9poux bien-aim\u00e9. D\u00e8s lors, Osiris fut pour les \u00eatres humains un exemple et un espoir d&rsquo;immortalit\u00e9. M\u00eame si le Mal existe, il est toujours possible de le vaincre, et la mort n&rsquo;existe que pour les \u00eatres qui l&rsquo;acceptent et ne luttent pas avec les armes invincibles de l&rsquo;amour et de la patience pour la vaincre.<br \/>\nSi vous plissez les yeux, en tournant sur vos talons, vous voyez devant vous trois autres merveilles, des repr\u00e9sentations cette fois-ci du commun des mortels. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, la statue en bois de sycomore du maire du village (Shij Albalad), \u0153uvre d&rsquo;assemblage primitif, avec des pierres pr\u00e9cieuses en guise d&rsquo;yeux qui vous transpercent et vous poursuivent dans la pi\u00e8ce. Au milieu, les m\u00eames yeux scrutateurs du scribe assis. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, une \u0153uvre en pl\u00e2tre repr\u00e9sentant un couple mari\u00e9 o\u00f9 lui, Rajotek, appara\u00eet avec un teint h\u00e2l\u00e9 et la premi\u00e8re repr\u00e9sentation d&rsquo;une moustache, tandis qu&rsquo;elle, Nefret, pr\u00e9sente un teint clair et immacul\u00e9, cons\u00e9quence directe de sa vie familiale. Quelle injustice que nous, les femmes, ayons toujours \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9es dans un si petit enclos qu&rsquo;est le foyer, alors que le monde est si grand et si beau, qu&rsquo;il y a tant de choses \u00e0 voir et \u00e0 d\u00e9couvrir et tant de petits grains que nous, les femmes, pouvons encore apporter \u00e0 cette plan\u00e8te malmen\u00e9e ! Si seulement on nous avait \u00e9cout\u00e9es avant !<br \/>\nS&rsquo;il ne reste plus gu\u00e8re de traces de grandeur de l&rsquo;Empire interm\u00e9diaire, le Nouvel Empire \u00e9clate \u00e0 nouveau avec force et magnificence. Ce Nouvel Empire fut une parenth\u00e8se de splendeur, de la dix-huiti\u00e8me \u00e0 la vingti\u00e8me dynastie, apr\u00e8s laquelle commen\u00e7a l&rsquo;inexorable d\u00e9clin.<br \/>\nEn parlant de femmes, c&rsquo;est sous la XVIIIe dynastie que Hatsepsout a r\u00e9gn\u00e9, avec les pouvoirs d&rsquo;un pharaon. Mais cette grande femme, dont les magnifiques sculptures sont expos\u00e9es au Mus\u00e9e, a d\u00fb adopter des attributs masculins et m\u00eame toujours utiliser le pronom masculin \u00ab f \u00bb pour \u00eatre prise au s\u00e9rieux. A sa mort, la haine accumul\u00e9e \u00e0 son \u00e9gard par son neveu et beau-fils Thoutmosis III, peut-\u00eatre \u00e0 cause de la bassesse de son pr\u00e9d\u00e9cesseur qui \u00e9tait du \u00ab sexe inf\u00e2me \u00bb, fut telle qu&rsquo;il l&rsquo;effa\u00e7a de toutes les inscriptions, ce qui, selon les croyances \u00e9gyptiennes, \u00e9quivalait \u00e0 fermer \u00e0 un seul les portes de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. M\u00eame les rares qui r\u00e9gn\u00e8rent ne pass\u00e8rent pas \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9&#8230; Quel avenir !<br \/>\nAvec la salle suivante, c&rsquo;est un autre chapitre isol\u00e9 de l&rsquo;histoire \u00e9gyptienne qui s&rsquo;ouvre. Il s&rsquo;agit de la salle consacr\u00e9e \u00e0 Am\u00e9nophis IV. Qui \u00e9tait-il ? Voyons, un autre indice, il \u00e9tait aussi connu sous le nom d&rsquo;Akhenaton. Oui, exactement, c&rsquo;est ce merveilleux pharaon qui a r\u00e9form\u00e9 la religion de l&rsquo;Egypte en adoptant le culte de l&rsquo;Aton comme Dieu unique et que Mika Waltari a pr\u00e9sent\u00e9 dans son d\u00e9licieux livre \u00ab Sinu\u00e9 l&rsquo;Egyptien \u00bb. Un homme qui a rompu avec les structures sociales existantes, dans lesquelles la caste sacerdotale, interm\u00e9diaire entre les dieux et les hommes, jouait un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant, et qui a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;interm\u00e9diaires. Seuls lui et son exemple m\u00e8nent \u00e0 Dieu. L&rsquo;exemple d&rsquo;une vie o\u00f9 la V\u00e9rit\u00e9 est le mot d&rsquo;ordre, son symbole \u00e9tant la plume de la v\u00e9rit\u00e9. Une v\u00e9rit\u00e9 qui, dans l&rsquo;art, s&rsquo;exprime par un r\u00e9alisme minutieux, o\u00f9 m\u00eame les d\u00e9fauts physiques d&rsquo;un pharaon peuvent \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9s pour autant qu&rsquo;ils correspondent \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Dans ses repr\u00e9sentations, il y a une certaine aura qui unit Akhenaton \u00e0 sa bien-aim\u00e9e N\u00e9fertiti, \u00e9manant de leur union l&rsquo;Ankh ou la cl\u00e9 de la vie. Une interpr\u00e9tation serait peut-\u00eatre que le seul vrai Dieu, celui qui conf\u00e8re la Vie \u00e9ternelle, ne peut \u00eatre atteint, incarn\u00e9, qu&rsquo;\u00e0 travers un Amour unique et vrai.<br \/>\nSi le mus\u00e9e a deux \u00e9tages, imaginez la taille du tr\u00e9sor d&rsquo;un petit pharaon qui n&rsquo;a r\u00e9gn\u00e9 que deux d\u00e9cennies pour occuper la quasi-totalit\u00e9 du dernier \u00e9tage. C&rsquo;est le tr\u00e9sor trouv\u00e9 dans la tombe de Tout\u00e2nkhamon. L&rsquo;apparente contradiction entre son insignifiance en tant que pharaon et la grandeur des merveilles trouv\u00e9es s&rsquo;explique, comme toujours dans ce genre de choses, par un coup du sort. Il se trouve que Rams\u00e8s II, le grand pharaon de la XIXe dynastie qui a r\u00e9ussi \u00e0 soumettre les Hittites, a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 dans la Vall\u00e9e des Rois, si heureusement que sa tombe exultante a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e au-dessus d&rsquo;une tombe plus ancienne d&rsquo;un pharaon moins important et insignifiant, \u00e0 savoir Tout\u00e2nkhamon.<br \/>\nDe toutes les tombes de cette vall\u00e9e, l&rsquo;histoire et le temps montraient leur implacabilit\u00e9 et le vol laissait des preuves fiables de son enracinement dans l&rsquo;\u00eatre humain depuis le d\u00e9but des temps. Au d\u00e9but de ce si\u00e8cle, toutes les tombes avaient \u00e9t\u00e9 pill\u00e9es et se trouvaient dans un \u00e9tat tr\u00e8s propre. En 1922, alors que l&rsquo;arch\u00e9ologue britannique Howard Carter nettoyait l&rsquo;un des c\u00f4t\u00e9s de la grande tombe de Rams\u00e8s II, il d\u00e9couvrit \u00ab par hasard \u00bb une marche. Ce qui se trouvait sous cette marche avait de quoi stup\u00e9fier le monde entier.<br \/>\nLa tombe ressemblait \u00e0 un puzzle. Tout d&rsquo;abord, il y avait quatre chapelles en bois recouvertes d&rsquo;or, ins\u00e9r\u00e9es les unes dans les autres. Dans la plus petite se trouvaient quatre sarcophages, dont le plus petit contenait le corps embaum\u00e9 du pharaon. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 se trouvaient les quatre vases canopes en forme de mini-sarcophages portant diverses inscriptions, dans lesquels \u00e9taient conserv\u00e9s le foie, les poumons, l&rsquo;estomac et les intestins du d\u00e9funt.<br \/>\nAutour de la chapelle, on peut encore voir sur un daguerr\u00e9otype de l&rsquo;\u00e9poque comment \u00e9taient entass\u00e9s des centaines d&rsquo;objets, des chars aux v\u00eatements, des lits, des chaises, des jarres et autres ustensiles de cuisine, des \u00e9tag\u00e8res \u00e0 \u00e9pices, des graines qui germent encore aujourd&rsquo;hui, 365 statues pour servir chaque jour le roi, des ic\u00f4nes des divinit\u00e9s, dont un pr\u00e9cieux Anubis, et des milliers de bijoux. Bref, tout ce que ses contemporains consid\u00e9raient comme n\u00e9cessaire pour que le pharaon d\u00e9funt puisse traverser la mer du Jugement et rejoindre le rivage de la Vie \u00e9ternelle. Si tant de merveilles \u00e9taient destin\u00e9es \u00e0 un petit roi, on imagine mal ce qui serait pr\u00e9par\u00e9 pour un grand pharaon. O\u00f9 est pass\u00e9 le travail de tant d&rsquo;artisans qui ont amoureusement model\u00e9 de leurs mains de telles merveilles ? Sueur perdue en vain, o\u00f9 sont pass\u00e9s ces tr\u00e9sors ? Triste \u00e9nigme du pass\u00e9.<br \/>\nPr\u00e8s de la sortie, il y avait encore une salle. L&rsquo;entr\u00e9e \u00e9tait payante, mais comme on m&rsquo;avait dit que cela en valait la peine, je suis entr\u00e9. Quelle chance j&rsquo;ai eue ! Dans cette salle se trouvaient les corps momifi\u00e9s de onze pharaons et de deux reines. Les expressions de leurs visages sont comme de pitoyables grimaces de douleur par lesquelles ils maudissent le monde pour la profanation dont ils ont \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet. L&rsquo;homme est tomb\u00e9 bien bas quand, au lieu de v\u00e9n\u00e9rer ses glorieux anc\u00eatres, il expose leurs restes les plus sacr\u00e9s comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un march\u00e9 d&rsquo;occasion !&#8230;.<br \/>\nDieu merci, ce dernier arri\u00e8re-go\u00fbt amer s&rsquo;est vite dissip\u00e9 lorsque nous avons atteint la porte de sortie, respir\u00e9 une derni\u00e8re fois l&rsquo;atmosph\u00e8re magique et sommes retourn\u00e9s caresser les joyaux les plus pr\u00e9cieux d&rsquo;un rapide battement de paupi\u00e8res. Quitter El Museo \u00e0 midi, sous le soleil br\u00fblant d&rsquo;Afrique du Nord, c&rsquo;est remonter le temps \u00e0 la vitesse de la lumi\u00e8re. Tous ces pharaons que j&rsquo;avais recr\u00e9\u00e9s par la pens\u00e9e et dont j&rsquo;avais laiss\u00e9 l&rsquo;opulence caresser mes sens devenaient soudain des fant\u00f4mes translucides, s&rsquo;\u00e9levant rapidement au-dessus de ma t\u00eate pour retourner dans l&rsquo;obscurit\u00e9 et la protection de ces salles. Ils me laissaient un clin d&rsquo;\u0153il complice avec lequel ils voulaient me dire de ne pas m&rsquo;inqui\u00e9ter, qu&rsquo;ils reviendraient vers moi dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de mes nuits, habiteraient mes r\u00eaves, et me montreraient, maintenant que nous nous connaissions, secr\u00e8tement et avec beaucoup d&rsquo;attention, la v\u00e9ritable dimension de leurs myst\u00e8res.<br \/>\nL&rsquo;apr\u00e8s-midi m\u00eame, je me trouvais devant un myst\u00e8re encore plus grand que celui des sculptures que j&rsquo;avais vues le matin. Un myst\u00e8re que le bon Anubis d\u00e9voile dans mes nuits avec sa douceur habituelle. Je veux parler, bien s\u00fbr, des pyramides de Gizeh.<br \/>\nPour les atteindre depuis le Mus\u00e9e, qui se trouve en plein centre sur les rives du Nil, il faut traverser le Nil \u00e0 l&rsquo;ouest et se diriger vers le sud-est, en traversant la jungle de b\u00e9ton qu&rsquo;est Le Caire, en laissant derri\u00e8re soi des quartiers entiers de maisons multiformes, qui ont toutes pour d\u00e9nominateur commun la vieille poussi\u00e8re, en croisant des milliers de voitures charg\u00e9es \u00e0 ras bord d&rsquo;\u00eatres humains&#8230; jusqu&rsquo;\u00e0 un point o\u00f9 la ville s&rsquo;arr\u00eate brusquement et o\u00f9, \u00e0 un demi-m\u00e8tre, commence le d\u00e9sert majestueux.<br \/>\nUn d\u00e9sert dont le gardien est un \u00eatre tr\u00e8s particulier : le P\u00e8re de la peur (Abu Alhul), nom donn\u00e9 par les Arabes au sphinx de Gizeh. Ce sphinx semble tout droit sorti d&rsquo;un conte de f\u00e9es : il se tient l\u00e0, au milieu d&rsquo;une immense mer de sable dor\u00e9, confortablement allong\u00e9 sur son gigantesque corps de lion. Elle porte un masque qui reproduit la t\u00eate du roi Ch\u00e9phren, derri\u00e8re lequel, si l&rsquo;on regarde bien et si l&rsquo;on laisse son intuition le balayer, se cachent deux yeux vigilants qui scrutent jour et nuit l&rsquo;infini \u00e0 la recherche des dangers qui pourraient se cacher dans les tr\u00e9sors que ce bon gardien garde, \u00e0 savoir les Pyramides. Les Pyramides sont r\u00e9parties derri\u00e8re la st\u00e8le du Sphinx, en diagonale, de la plus grande \u00e0 la plus petite. D&rsquo;abord Kh\u00e9ops, puis Kh\u00e9phren, puis Mikerinos. Il semble que les pharaons aient pens\u00e9 qu&rsquo;aucun mal ne pouvait venir du d\u00e9sert et qu&rsquo;ils aient \u00e9rig\u00e9 leurs pyramides \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des terres, sachant que toute menace venant du fleuve serait sagement d\u00e9tourn\u00e9e par Abu Alhul.<br \/>\nBien qu&rsquo;il existe plusieurs pyramides en \u00c9gypte et ailleurs dans le monde, aucune ne peut \u00e9galer la magnificence de la Grande Pyramide de Kh\u00e9ops. \u00c0 ses pieds, on se sent minuscule, minuscule, minuscule, minuscule, comme un grain de sable \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un grand soleil ; en effet, Ch\u00e9ops ressemble \u00e0 un soleil. Non seulement en raison de sa hauteur impressionnante, mais aussi en raison de sa taille gigantesque.<br \/>\nLa l\u00e9gende veut que la pyramide ait \u00e9t\u00e9 construite en \u00e9levant des plates-formes successives de sable et en faisant rouler les blocs monolithiques pesant des tonnes sur des troncs d&rsquo;arbre. Ils n&rsquo;ont pas pens\u00e9 que, comme la pyramide se trouve \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;embouchure du Nil, pour construire le c\u00f4t\u00e9 nord, il aurait fallu construire une partie de la plate-forme au milieu de la mer ! Il est \u00e9galement difficile d&rsquo;imaginer comment ils ont transport\u00e9 ces blocs de pierre, taill\u00e9s avec une telle pr\u00e9cision qu&rsquo;ils s&#8217;embo\u00eetent parfaitement les uns sur les autres, depuis les carri\u00e8res situ\u00e9es \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres en amont du Nil. Il est difficile de croire que cette pyramide a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9e par des \u00eatres vivant encore \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge du bronze.<br \/>\nS&rsquo;aventurer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la pyramide est une \u00e9preuve. L&rsquo;ascension commence par un couloir d&rsquo;\u00e0 peine un m\u00e8tre de haut et d&rsquo;une inclinaison \u00e9norme, presque sans lumi\u00e8re ni a\u00e9ration, dans lequel il faut avancer \u00e0 toute vitesse (d&rsquo;apr\u00e8s le guide, c&rsquo;est mieux). Bien que je ne pense pas que le couloir fasse plus de cinquante m\u00e8tres de long, je jure qu&rsquo;il s&rsquo;agit des cinquante m\u00e8tres les plus oppressants de notre vie. Le couloir m\u00e8ne \u00e0 la grande galerie, tout aussi raide et sombre, mais avec un plafond infiniment haut (soit on ne peut pas l&rsquo;atteindre, soit on monte trop haut). Au bout de la galerie, qui mesure encore cinquante m\u00e8tres, se trouve la chambre du roi, dans laquelle&#8230;. Chantatach\u00e1n !!!! Rien. Un sarcophage de pierre vide et le n\u00e9ant. C&rsquo;est l&rsquo;une de ces pyramides que les cleptomanes du pass\u00e9 se sont charg\u00e9s de visiter.<br \/>\nEn revenant de Gizeh, j&rsquo;ai retravers\u00e9 le Nil, qu&rsquo;il est beau ! Il ressemble plus \u00e0 une mer miniature qu&rsquo;\u00e0 un fleuve. Au milieu du fleuve, il y a deux \u00eeles comme des petits bastions qui voudraient arr\u00eater le flux des eaux pour que les Cair\u00e8nes, assis sur leurs rives, puissent jouir de la vue d&rsquo;un si beau spectacle. Si le fait qu&rsquo;elles soient deux peut rappeler de loin les \u00eeles parisiennes de la Seine, ici la Sculptrice du Monde a d\u00e9cid\u00e9 de jeter la maison par la fen\u00eatre, d&rsquo;explorer \u00e0 sa guise et d&rsquo;oublier les concepts pr\u00e9\u00e9tablis. Elle a cr\u00e9\u00e9 un fleuve si grand que d&rsquo;une rive on ne voit pas l&rsquo;autre, et deux \u00eeles si \u00e9normes qu&rsquo;en s&rsquo;y promenant on se croirait sur la terre la plus solide.<br \/>\nEn marchant, en marchant, en marchant, maintenant sur la terre ferme, mes pieds m&rsquo;ont conduit \u00e0 \u00ab Jan el Jalili \u00bb, le centre urbain de la p\u00e9riode islamique, qui est aujourd&rsquo;hui un quartier populaire. J&rsquo;ai d&rsquo;abord fl\u00e2n\u00e9 dans les rues \u00e9troites, am\u00e9nag\u00e9es pour le shopping touristique, et je me suis assise dans un de ces charmants caf\u00e9s en plein air. Comment d\u00e9crire les gens ! Les regards per\u00e7ants des hommes ; les accusations muettes des femmes voil\u00e9es envers celles qui osent se d\u00e9couvrir&#8230; et, pire encore, qui osent se teindre les cheveux en blond ; les enfants qui colportent tout ce qui peut se vendre (mouchoirs en papier, sourates du Coran&#8230;) ; la femme qui ramasse au bord des rues les marchandises qui peuvent \u00eatre vendues (&#8230;.) ; la femme qui ramasse le papier qui peut \u00eatre vendu. ) ; la femme qui ramasse les cacahu\u00e8tes laiss\u00e9es par d&rsquo;autres sur les tables ; un grand-p\u00e8re avec son harmonica et une bo\u00eete caboss\u00e9e qui vend des allumettes ; la shisha, cette pipe \u00e0 eau chantante, que seul un homme peut fumer et qui, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, \u00e0 chaque bouff\u00e9e, renforce son r\u00f4le d&rsquo;arrogant. Tout cela est assaisonn\u00e9 par la magie de l&rsquo;encens qui passe en balan\u00e7ant des br\u00fbleurs ambulants, du jasmin qui passe en vendant des colliers parfum\u00e9s, des mangues qui d\u00e9bordent de tous les \u00e9tals et du doux ar\u00f4me de la menthe fra\u00eeche (naana) que l&rsquo;on ajoute au th\u00e9.<br \/>\nJ&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de partir \u00e0 la recherche de la partie des anciens murs que je savais encore debout. Il y avait encore deux immenses portes de ville avec leurs tours de pierre reli\u00e9es par un morceau de mur. Ce qui m&rsquo;a impressionn\u00e9, cependant, ce ne sont pas tant les murs que la zone que j&rsquo;ai d\u00fb traverser pour y arriver. En dehors de la partie ordonn\u00e9e du quartier, les rues ressemblaient \u00e0 un jeu d&rsquo;\u00e9quilibre en filigrane des contraires ; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de belles fa\u00e7ades de demeures m\u00e9di\u00e9vales avec des treillis en bois m\u00e9ticuleusement travaill\u00e9s, il y avait des bidonvilles d\u00e9labr\u00e9s et, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, d&rsquo;anciennes mosqu\u00e9es ou des \u00e9coles coraniques avec leurs fiers et beaux minarets. Et que de pauvret\u00e9 j&rsquo;ai vue ! Des enfants pieds nus, des enfants mutil\u00e9s, des gens au bord de la mis\u00e8re&#8230;. Mais que de beaux sourires ils m&rsquo;ont adress\u00e9s, que de joie et que de volont\u00e9 de vivre ! Dans de tels endroits, on se rend compte que le bonheur vient de l&rsquo;int\u00e9rieur, du plus profond de soi, et que, quelles que soient les difficult\u00e9s de leur vie et la salet\u00e9 de leurs rues, ils ont toujours la capacit\u00e9 de faire circuler ce bonheur dans leur \u00eatre jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il prenne la forme d&rsquo;un sourire&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><span class=\"ez-toc-section\" id=\"ii_les_mers_de_la_roche_rouge\"><\/span><strong>II. Les mers de la roche rouge<\/strong><span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n<p>Imaginez maintenant que le pouls s&rsquo;engourdit et que la boussole tourne. On est transport\u00e9 (dans mon cas en bus public) sur les eaux qui forment l&rsquo;immense estuaire du Nil, au-del\u00e0 du canal de Suez, au c\u0153ur du d\u00e9sert du Sina\u00ef. Pour vous donner une id\u00e9e de l&rsquo;aspect de ce d\u00e9sert, imaginez un rectangle bicolore, dont la moiti\u00e9 nord-ouest est constitu\u00e9e de dunes de terre jaune et l&rsquo;autre moiti\u00e9 d&rsquo;immenses montagnes de terre rouge. Je pense que ce qui est le plus impressionnant dans ce d\u00e9sert, ce sont ses contrastes. Apr\u00e8s avoir emprunt\u00e9 une route bord\u00e9e d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 par une masse bleu-vert d&rsquo;eau paisible et r\u00e9verb\u00e9rante et de l&rsquo;autre par une masse ocre de sable solitaire, vous passez soudain entre les contreforts d&rsquo;imposantes montagnes de calcaire rouge qui surgissent violemment de nulle part et s&rsquo;efforcent d&rsquo;atteindre le ciel. C&rsquo;est l&rsquo;un de ces moments o\u00f9 la beaut\u00e9 de l&rsquo;environnement fait taire l&rsquo;esprit et lib\u00e8re le c\u0153ur de ses liens.<br \/>\nAu VIe si\u00e8cle, des moines orthodoxes grecs ont d\u00e9cid\u00e9 de construire un monast\u00e8re au pied de l&rsquo;historique <strong>mont Sina\u00ef<\/strong>, qu&rsquo;ils ont appel\u00e9 Sainte Katerina. Au fil des si\u00e8cles, les moines ont patiemment creus\u00e9 dans la roche les trois mille huit cents marches qui m\u00e8nent au sommet. Aujourd&rsquo;hui encore, la trentaine de moines qui habitent toujours ce monast\u00e8re fortifi\u00e9 repr\u00e9sente le seul signe de vie humaine \u00e0 des kilom\u00e8tres \u00e0 la ronde.<br \/>\nJe laisse mon lourd sac \u00e0 dos au monast\u00e8re et commence l&rsquo;ascension. Il y a deux possibilit\u00e9s : soit on monte par les escaliers, ce qui est plus direct, mais aussi plus p\u00e9nible, soit on emprunte un petit sentier qui longe la montagne et zigzague sur son versant est, ce qui est plus long, mais plus accessible. Ce que j&rsquo;ai fait ? La seconde, bien s\u00fbr. On m&rsquo;avait dit que l&rsquo;ascension prenait environ quatre heures et comme je voulais voir le coucher de soleil depuis le sommet, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9, malgr\u00e9 le soleil br\u00fblant de midi, de commencer l&rsquo;ascension apr\u00e8s le d\u00e9jeuner.<br \/>\nVous me voyez l\u00e0, en train de grimper, \u00e9touff\u00e9 par l&rsquo;air dense qui remplissait la vall\u00e9e et par le soleil br\u00fblant qui jouait \u00e0 se refl\u00e9ter sur les rochers. J&rsquo;\u00e9tais un point minuscule et solitaire au milieu de la majest\u00e9 des montagnes environnantes ; une tache mobile au milieu de cette mer statique de pierre rouge. \u00c0 mesure que je laissais derri\u00e8re moi les coins et recoins de la route et que je prenais de l&rsquo;altitude, je sentais l&rsquo;air devenir de plus en plus l\u00e9ger, de plus en plus frais. Mon \u00e2me se sentait de plus en plus remplie d&rsquo;un ineffable sentiment de libert\u00e9. Une joie sans nom s&rsquo;\u00e9tait empar\u00e9e de mon c\u0153ur qui battait la chamade. Chaque battement semblait vouloir m&rsquo;encourager \u00e0 ne pas faiblir et un \u00ab presque l\u00e0, presque l\u00e0, presque l\u00e0 \u00bb strident r\u00e9sonnait contre mes tempes. Soit j&rsquo;y \u00e9tais presque, soit j&rsquo;y \u00e9tais presque, alors le mart\u00e8lement \u00e9tait tout \u00e0 fait juste.<br \/>\nLe sentier est arriv\u00e9 \u00e0 un point o\u00f9 il a travers\u00e9 une gorge \u00e9troite, est pass\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9 nord de la montagne et a rejoint les escaliers, et il n&rsquo;en restait plus que sept cents \u00e0 gravir ! Mais il y a loin de la parole aux actes et, bien que cela paraisse une bagatelle, il m&rsquo;a fallu Dieu et son aide pour gravir les presque mille marches. Je ne pensais pas y arriver, mais j&rsquo;y suis arriv\u00e9, ouf ! Je suis arriv\u00e9e et je crois qu&rsquo;il ne m&rsquo;a pas fallu un milli\u00e8me de seconde pour oublier tous mes maux, \u00e0 cause de la beaut\u00e9 du paysage qui m&rsquo;entourait. O\u00f9 que l&rsquo;on regarde, la vue se perdait au-dessus de cha\u00eenes de montagnes sans fin qui, dans la lumi\u00e8re du soir, prenaient lentement une teinte cramoisie.<br \/>\nJ&rsquo;avais encore le temps de me reposer avant de voir le soleil se coucher&#8230; Nous \u00e9tions quatre chats \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage, nous nous sommes donc pr\u00e9sent\u00e9s et nous nous sommes assis en cercle. J&rsquo;ai apport\u00e9 un melon (il faut \u00eatre optimiste pour escalader une montagne de deux mille huit cents m\u00e8tres avec un melon), des Allemands ont apport\u00e9 du pain, du fromage sal\u00e9 et des concombres, et un Fran\u00e7ais a apport\u00e9 des biscuits, alors nous avons tous partag\u00e9 et c&rsquo;\u00e9tait un d\u00eener parfait.<br \/>\nLe coucher de soleil a \u00e9t\u00e9 un spectacle magnifique. Le silence s\u00e9pulcral apportait \u00e0 l&rsquo;\u00e2me suffisamment de paix pour qu&rsquo;elle puisse mettre toute son \u00e9nergie \u00e0 dire adieu au soleil qui nous quittait. Un soleil qui, avec ses derniers rayons, caressait tendrement les sommets des montagnes et, d&rsquo;un coup de baguette magique, les faisait virer au bleu, puis lentement \u00e0 un violet sombre qui, peu \u00e0 peu, en brouillait les contours jusqu&rsquo;\u00e0 les estomper dans le noir de la nuit.<br \/>\nDormir est une autre affaire. Un B\u00e9douin qui tenait un petit salon de th\u00e9 pr\u00e8s du sommet m&rsquo;a laiss\u00e9 quelques couvertures. J&rsquo;ai persuad\u00e9 mes compagnons de table de me servir de boucliers lat\u00e9raux et nous nous sommes allong\u00e9s sur les rochers durs. Avec un Fran\u00e7ais d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et deux Allemands de l&rsquo;autre, bien prot\u00e9g\u00e9s par la cr\u00e8me de l&rsquo;Union europ\u00e9enne, j&rsquo;ai regard\u00e9 le ciel. Comme je ne pensais pas pouvoir dormir \u00e0 cause du froid, et c&rsquo;est ce qui s&rsquo;est pass\u00e9, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de profiter de la vue. Le ciel \u00e9tait si clair que l&rsquo;on pouvait voir les entrailles de l&rsquo;univers. Pour la premi\u00e8re fois de ma vie, j&rsquo;ai pu voir clairement la Voie lact\u00e9e&#8230; comme un beau nuage. De temps en temps, les \u00e9toiles prenaient le sirocco et semblaient devenir folles, puis elles commen\u00e7aient \u00e0 tomber et je n&rsquo;avais pas le temps de faire des v\u0153ux \u00e0 la vitesse \u00e0 laquelle mes yeux les attrapaient.<br \/>\nVers quatre heures du matin, les gens ont commenc\u00e9 \u00e0 arriver. On pouvait voir les petites lumi\u00e8res des lanternes zigzaguer dans l&rsquo;air noir de la nuit, et on pouvait entendre toutes sortes de langues&#8230; il y avait m\u00eame un groupe de Cor\u00e9ens qui chantaient, priaient et faisaient p\u00e9nitence collective pendant un bon moment. Apr\u00e8s ce \u00ab r\u00e9veil ang\u00e9lique \u00bb, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;aller voir le soleil se lever. Quel choc lorsque j&rsquo;ai regard\u00e9 autour de moi et que j&rsquo;ai vu la foule de gens qui m&rsquo;entouraient. On aurait dit que les chats de la veille avaient accouch\u00e9. Dans ces conditions, devant me battre pour un petit bout de rocher sur lequel poser mes fesses, aussi beau que soit le lever du soleil, il n&rsquo;avait pas la magie du coucher de soleil pr\u00e9c\u00e9dent. C&rsquo;\u00e9tait dr\u00f4le, des centaines de doigts pos\u00e9s sur l&rsquo;obturateur de l&rsquo;appareil photo pour capturer un instant qui se produit tous les jours, mais que nous ignorons g\u00e9n\u00e9ralement.<br \/>\nCette fois, j&rsquo;ai pris un raccourci. \u00ab Court \u00bb, mais intense. Apr\u00e8s cela, j&rsquo;ai encore pass\u00e9 une demi-journ\u00e9e avec les jambes qui tremblaient \u00e0 cause de tous les escaliers. Apr\u00e8s avoir visit\u00e9 l&rsquo;int\u00e9rieur du monast\u00e8re, j&rsquo;ai pris un taxi partag\u00e9 avec d&rsquo;autres touristes pour me rendre au golfe d&rsquo;Aqaba. Je me suis assise \u00e0 l&rsquo;avant et j&rsquo;ai parl\u00e9 pendant tout le trajet avec Sayed, le chauffeur, un jeune B\u00e9douin aux traits magnifiques, dont le teint, fortement bronz\u00e9 par le rude soleil du d\u00e9sert, avait l&rsquo;\u00e9clat des dattes m\u00fbres. Nous avons travers\u00e9 la vall\u00e9e laiss\u00e9e par les hautes montagnes du Sina\u00ef, avec leurs formes et leurs tailles fascinantes : des pierres grenat pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d&rsquo;une mer de sable ; d&rsquo;\u00e9normes blocs de calcaire ocre \u00e9rod\u00e9s par le vent. Nous avons march\u00e9 le long d&rsquo;un tron\u00e7on entour\u00e9 de palmiers sauvages, dont beaucoup avaient cinq et six branches&#8230; jusqu&rsquo;\u00e0 ce que, soudain, au sortir d&rsquo;un virage, on aper\u00e7oive la mer.<\/p>\n<h1><span class=\"ez-toc-section\" id=\"iii_autour_de_la_mer_daqaba\"><\/span><strong>III. Autour de la mer d&rsquo;Aqaba<\/strong><span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n<p>Le <strong>golfe d&rsquo;Aqaba<\/strong>, avec ses eaux cristallines, poss\u00e8de une magie particuli\u00e8re. Imaginez deux cha\u00eenes de montagnes imposantes en forme d&rsquo;\u0153il ouvert. Les paupi\u00e8res sup\u00e9rieures et inf\u00e9rieures sont d&rsquo;immenses montagnes rouges. En haut, une moiti\u00e9 porte le drapeau saoudien et l&rsquo;autre moiti\u00e9 le drapeau jordanien, en bas, le drapeau \u00e9gyptien. Entre les deux se trouve un magnifique bassin de larmes. Un bassin dont la couleur change tout au long de la journ\u00e9e : d&rsquo;un bleu gris\u00e2tre \u00e0 l&rsquo;aube, il passe \u00e0 un bleu verd\u00e2tre \u00e0 midi et \u00e0 un bleu ros\u00e9 au cr\u00e9puscule.<br \/>\nC&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment au cr\u00e9puscule que les esprits qui donnent leur couleur aux montagnes descendent se baigner dans la mer et l&rsquo;envahissent de telle sorte que l&rsquo;on a l&rsquo;impression de se trouver devant une immense mer Rouge ; et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment vers cette mer que les eaux calmes d&rsquo;Aqaba coulent du coin de l&rsquo;\u0153il.<br \/>\nL&rsquo;h\u00e9ritage de cette mer d&rsquo;Aqaba, c&rsquo;est Eilat, les trois kilom\u00e8tres de c\u00f4te qui devraient appartenir \u00e0 la Palestine et qui sont aux mains des Isra\u00e9liens depuis la guerre des Six Jours.<br \/>\nC&rsquo;est dr\u00f4le, au d\u00e9part, l&rsquo;id\u00e9e avec laquelle j&rsquo;ai quitt\u00e9 l&rsquo;Espagne \u00e9tait d&rsquo;aller directement du Caire \u00e0 New York et de prendre le ferry. Mais en chemin, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 de nombreux voyageurs solitaires comme moi qui m&rsquo;ont racont\u00e9 leurs exp\u00e9riences et leurs aventures, et ils \u00e9taient tous d&rsquo;accord sur la beaut\u00e9 incomparable des plages de la mer Rouge et sur les tr\u00e9sors cach\u00e9s dans les profondeurs de cette mer. J&rsquo;ai donc d\u00e9cid\u00e9 de ralentir mon voyage et d&rsquo;essayer de corroborer ces r\u00e9cits avec ma propre exp\u00e9rience.<br \/>\nSur le chemin de Nueiba, lorsque je fus plus en confiance avec Sayed, je lui fis part de mon id\u00e9e et mentionnai les noms des plages qui m&rsquo;avaient \u00e9t\u00e9 recommand\u00e9es. Il m&rsquo;a regard\u00e9 furtivement tout en continuant \u00e0 rouler \u00e0 vive allure et m&rsquo;a dit que ces plages dont on m&rsquo;avait parl\u00e9 \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9es aux touristes et m&rsquo;a propos\u00e9 de me montrer un autre endroit. Comme je n&rsquo;avais rien \u00e0 perdre, j&rsquo;ai accept\u00e9.<br \/>\nLe taxi est arriv\u00e9 \u00e0 Nueiba, la ville portuaire \u00e9gyptienne d&rsquo;o\u00f9 partent les ferries pour le port jordanien d&rsquo;Aqaba. Le nom de \u00ab ville \u00bb est un euph\u00e9misme, car ce n&rsquo;est qu&rsquo;un ensemble de petites maisons et de cabanes autrefois blanchies \u00e0 la chaux, mais qui, avec le temps, se sont impr\u00e9gn\u00e9es de la graisse de leur environnement. Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 les trois Fran\u00e7ais qui nous accompagnaient, je poursuivis mon voyage, \u00e0 nouveau seul.<br \/>\nSayed m&rsquo;a emmen\u00e9 \u00e0 Naguema, une minuscule enclave avec quelques petites cabanes faites de cannes et de feuilles de palmier et une plage paradisiaque. Des Isra\u00e9liennes qui avaient lou\u00e9 l&rsquo;une des cabanes m&rsquo;ont pr\u00eat\u00e9 une paire de lunettes de plong\u00e9e et c&rsquo;est parti ! \u00c0 quelques m\u00e8tres du rivage, je pouvais d\u00e9j\u00e0 apercevoir des formations coralliennes. Je n&rsquo;en avais jamais vu de si pr\u00e8s. Dans l&rsquo;atmosph\u00e8re sous-marine translucide, les coraux ressemblaient \u00e0 des jeunes arbres fictifs. Ils \u00e9taient envelopp\u00e9s d&rsquo;une douce couche bleue qui donnait \u00e0 leurs couleurs une touche particuli\u00e8re d&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9. Certains d&rsquo;entre eux, d&rsquo;un rouge soutenu, semblaient occuper une place privil\u00e9gi\u00e9e, tandis que ceux de couleur rose ou blanch\u00e2tre donnaient l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre plus faibles, plus susceptibles d&rsquo;\u00eatre bless\u00e9s. Et l&rsquo;ensemble formait une vaste for\u00eat charg\u00e9e d&rsquo;un \u00e9quilibre muet.<br \/>\nCet apr\u00e8s-midi-l\u00e0, alors que mes membres avaient \u00e9t\u00e9 recharg\u00e9s par la force revitalisante de la mer, je d\u00e9cidai de poursuivre ma route. Des rumeurs circulaient \u00e0 Naguema selon lesquelles il \u00e9tait d\u00e9sormais possible de passer d&rsquo;Eilat \u00e0 Aqaba, que le nouveau poste fronti\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 ouvert. Bien que j&rsquo;aie essay\u00e9 de v\u00e9rifier la v\u00e9racit\u00e9 de ces commentaires, personne n&rsquo;a pu les infirmer ou les affirmer, alors j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de v\u00e9rifier par moi-m\u00eame.<br \/>\nJe suis sorti sur la route pour chercher un moyen de locomotion et, par hasard, Sayed est apparu avec la voiture \u00e0 nouveau charg\u00e9e de touristes. Il m&rsquo;a dit qu&rsquo;il les emmenait \u00e0 Taba. Je lui ai demand\u00e9 s&rsquo;il voulait bien m&#8217;emmener moi aussi et je suis remont\u00e9 dans le taxi bancal.<br \/>\nLa route longe la mer, la contourne. L&rsquo;eau est bleue, cristalline, limpide, transparente, avec d&rsquo;immenses montagnes de part et d&rsquo;autre. Chaque fois que la route fait un coude entre les montagnes et que nous retournons vers la mer, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que nous allons nous perdre dans ses vagues.<br \/>\nNous arrivons \u00e0 Taba. \u00c0 propos de Taba, et pour vous donner une id\u00e9e du lieu, vous souvenez-vous que je vous ai dit tout \u00e0 l&rsquo;heure, non sans une certaine ironie, que le golfe d&rsquo;Aqaba se terminait par une lega\u00f1a isra\u00e9lienne, la ville d&rsquo;Eilat ? Eh bien, ses deux bastions tut\u00e9laires sont Taba en \u00c9gypte et Aqaba en Jordanie. Sur une dizaine de kilom\u00e8tres de c\u00f4te se trouvent trois villes appartenant \u00e0 trois pays diff\u00e9rents, entre lesquels la coexistence a \u00e9t\u00e9 loin d&rsquo;\u00eatre facile au fil des ans.<br \/>\n\u00c0 Taba, qui ne compte pas plus de deux douzaines de maisons, quelques h\u00f4tels et d&rsquo;autres en construction, Sayed m&rsquo;a conduit directement \u00e0 la fronti\u00e8re. J&rsquo;ai demand\u00e9 aux policiers \u00e9gyptiens s&rsquo;il \u00e9tait possible de passer d&rsquo;Isra\u00ebl en Jordanie, mais ils n&rsquo;ont pas pu me le dire, alors je leur ai demand\u00e9 de me laisser passer au poste isra\u00e9lien sans tamponner mon passeport et que je reviendrais tout de suite. Ils m&rsquo;ont regard\u00e9 d&rsquo;un air un peu confus, mais j&rsquo;ai plaid\u00e9 d&rsquo;un ton si plaintif qu&rsquo;ils m&rsquo;ont laiss\u00e9 passer.<br \/>\nCinquante m\u00e8tres plus loin se trouvait le poste fronti\u00e8re isra\u00e9lien. J&rsquo;ai d\u00fb changer de registre : plus d&rsquo;arabe, mais de l&rsquo;anglais. Le soldat de service s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 me prendre mon passeport des mains pour le tamponner, quand j&rsquo;ai dit non, \u00ab je suis juste venu vous poser une question \u00bb. Il a lev\u00e9 la t\u00eate et m&rsquo;a regard\u00e9 d&rsquo;un air perplexe. \u00ab\u00a0Si je passe par ici pour entrer en Isra\u00ebl, puis-je ensuite aller en Jordanie ? \u00ab Non. \u00bb \u00ab\u00a0Et je ne peux m\u00eame pas parcourir les trois kilom\u00e8tres qui me s\u00e9parent d&rsquo;Aqaba pour y entrer. Cette fois, le petit homme a l&rsquo;air plut\u00f4t irrit\u00e9. \u00ab Vous ne pouvez pas. \u00bb \u00ab\u00a0Eh bien, ne vous f\u00e2chez pas. Ne vous f\u00e2chez pas. Merci. Au revoir. Et je suis reparti comme j&rsquo;\u00e9tais venu, sous le regard \u00e9tonn\u00e9 de mon coll\u00e8gue. Ce n&rsquo;est que quelques jours plus tard, alors que j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Amman, que l&rsquo;on a ouvert le fameux poste fronti\u00e8re Aqaba-Eilat. Je suis arriv\u00e9 cinq jours trop t\u00f4t.<br \/>\nLa nuit tombait. J&rsquo;\u00e9tais \u00e0 Taba. Pour aller en Jordanie, je n&rsquo;avais pas d&rsquo;autre choix que de revenir sur mes pas et de retourner \u00e0 Nineba pour prendre le ferry. Mais il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un seul ferry par jour et il partait en milieu d&rsquo;apr\u00e8s-midi. Je n&rsquo;\u00e9tais plus \u00e0 temps pour le prendre. Que faire ? Je me suis rendu \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 Sayed m&rsquo;avait laiss\u00e9 et, \u00e0 ma grande joie, il \u00e9tait toujours l\u00e0. Je lui ai expliqu\u00e9 ma situation et il m&rsquo;a propos\u00e9 de passer la nuit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une palmeraie, pr\u00e8s de la plage, o\u00f9 lui et quelques amis avaient apparemment l&rsquo;habitude de s&rsquo;installer chaque fois qu&rsquo;ils devaient passer la nuit pr\u00e8s de Taba. Comme il vaut mieux conna\u00eetre le m\u00e9chant que le gentil&#8230;<br \/>\nSur le chemin de la palmeraie, je l&rsquo;ai persuad\u00e9 de s&rsquo;arr\u00eater pr\u00e8s d&rsquo;un endroit qui avait attir\u00e9 mon attention lorsque nous \u00e9tions pass\u00e9s devant l&rsquo;autre fois. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une belle \u00eele au milieu de la mer, entour\u00e9e de murs, avec des lacs naturels \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des murs, et au sommet de laquelle se dressait la majestueuse forteresse de Salah al Din (Saladin), construite au 11\u00e8me si\u00e8cle comme bastion contre les crois\u00e9s. Dans la lumi\u00e8re bleu-rose du coucher de soleil, on aurait dit le ch\u00e2teau d&rsquo;un prince dans un conte de f\u00e9es.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-6044 aligncenter\" src=\"https:\/\/mongonzalez.es\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/mares-del-islam-300x154.png\" alt=\"\" width=\"554\" height=\"284\" \/><\/p>\n<p>Sayed m&rsquo;a laiss\u00e9 sur la plage, pr\u00e8s de la palmeraie. Il m&rsquo;a dit qu&rsquo;il allait faire le plein d&rsquo;essence, acheter de la nourriture et qu&rsquo;il revenait tout de suite, \u00ab Ne bouge pas d&rsquo;ici \u00bb. Et il est parti. Je me suis assis sur le sable au bord de la mer et j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 regarder comment les esprits du coucher de soleil s&rsquo;amusaient \u00e0 peindre les eaux. Le temps passait, la nuit tombait et Sayed ne revenait pas. Je me suis alors rendu compte qu&rsquo;il avait laiss\u00e9 son sac \u00e0 dos dans sa voiture. Comme je n&rsquo;avais aucune id\u00e9e de l&rsquo;endroit o\u00f9 il se trouvait, la chose la plus raisonnable \u00e0 faire \u00e9tait d&rsquo;attendre. C&rsquo;est ce que j&rsquo;ai fait. J&rsquo;ai essay\u00e9 de me d\u00e9tendre et de chasser de mon esprit toutes les pens\u00e9es de peur et d&rsquo;inqui\u00e9tude qui se battaient pour conqu\u00e9rir mon ch\u00e2teau int\u00e9rieur. J&rsquo;ai appel\u00e9 la mer \u00e0 l&rsquo;aide et je me suis calm\u00e9.<br \/>\nSoudain, j&rsquo;ai vu qu&rsquo;au loin, pr\u00e8s du rivage, quelqu&rsquo;un se d\u00e9pla\u00e7ait dans ma direction. J&rsquo;aurais aim\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 ce moment-l\u00e0, les anges descendent du ciel et me tirent de l\u00e0, ou que la terre s&rsquo;ouvre et m&rsquo;engloutisse. La silhouette humaine s&rsquo;approchait. Lentement. Tr\u00e8s lentement. Peu \u00e0 peu, j&rsquo;ai pu distinguer ses traits. C&rsquo;\u00e9tait un homme d&rsquo;\u00e2ge moyen, et d&rsquo;apr\u00e8s son apparence, je dirais un B\u00e9douin. Je pense que le pauvre homme \u00e9tait encore plus surpris que moi de voir un touriste perdu au milieu de nulle part.<br \/>\nIl s&rsquo;est approch\u00e9 de moi tr\u00e8s gentiment et m&rsquo;a souri, comme pour briser la glace d&rsquo;une premi\u00e8re rencontre. Plus que de voir son sourire, je l&rsquo;ai senti, car il faisait de plus en plus sombre. \u00ab\u00a0Ahl\u00edn. \u00ab\u00a0Ahlan. Son bonjour et mon bonjour. Il s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9 : il \u00e9tait b\u00e9douin et p\u00eacheur, et il \u00e9tait sur le rivage en train de p\u00eacher avec des amis. Je lui ai dit qui j&rsquo;\u00e9tais et j&rsquo;ai dit que j&rsquo;attendais le chauffeur de taxi qui \u00e9tait all\u00e9 faire le plein d&rsquo;essence. \u00ab\u00a0Arabe ou B\u00e9douin ? J&rsquo;ai dit B\u00e9douin. \u00ab Alors il reviendra \u00bb. Quoi qu&rsquo;il en soit, il m&rsquo;a dit que si je le voulais, je pouvais aller m&rsquo;asseoir avec eux, car ils avaient du th\u00e9 et de la nourriture. Je l&rsquo;ai remerci\u00e9 et j&rsquo;ai accept\u00e9 d&rsquo;y aller si Sayed ne venait pas. Au moment de partir, il m&rsquo;a dit, comme par hasard, que le chauffeur de taxi n&rsquo;avait pas pris la direction de la station-service, mais la direction oppos\u00e9e. Suspicieux ! Au bout d&rsquo;un moment, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de m&rsquo;approcher de lui et j&rsquo;ai bu un d\u00e9licieux th\u00e9 pr\u00e8s de son feu de camp.<br \/>\nLorsque Sayed est arriv\u00e9 un peu plus tard, j&rsquo;ai mis du temps \u00e0 revenir &#8211; qu&rsquo;il attende ! Il m&rsquo;a demand\u00e9 o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais all\u00e9 et je lui ai dit que j&rsquo;\u00e9tais avec des p\u00eacheurs. \u00ab\u00a0Et vous ? \u00ab\u00a0Je suis all\u00e9 chercher de l&rsquo;essence et de la nourriture. Silence. Je me suis donc assis sur la couverture que j&rsquo;avais \u00e9tendue au bord de la mer et nous avons d\u00een\u00e9. Apr\u00e8s le d\u00eener, nous sommes rest\u00e9s allong\u00e9s et avons parl\u00e9 pendant un long moment. Il m&rsquo;a dit qu&rsquo;il avait peur des femmes et que c&rsquo;\u00e9tait pour cela qu&rsquo;il pr\u00e9f\u00e9rait dormir dans la voiture. Il m&rsquo;a dit : \u00ab Ne t&rsquo;inqui\u00e8te pas, je dors tajta annuyum \u00bb (ce qui signifie : \u00e0 la belle \u00e9toile).<br \/>\nEnsuite, je ne sais pas comment, nous nous sommes donn\u00e9 la main et c&rsquo;\u00e9tait une sensation tr\u00e8s douce, mais tr\u00e8s \u00e9trange. Pourquoi l&rsquo;ai-je fait ? \u00ab Vivrais-tu dans le d\u00e9sert ? -m&rsquo;a demand\u00e9 ma conscience. \u00ab Non \u00bb, ai-je r\u00e9pondu. \u00ab Alors ne joue pas \u00bb, m&rsquo;a-t-elle grond\u00e9. Mais il est parfois difficile de ne pas se laisser emporter. Apr\u00e8s tout, nos mains ne faisaient que converser avec ses caresses.<br \/>\nPeu \u00e0 peu, le sommeil est venu. Berc\u00e9 par le bruit des vagues de la mer, par la brise l\u00e9g\u00e8re, par le scintillement des \u00e9toiles filantes que mes yeux fatigu\u00e9s parvenaient \u00e0 percevoir lorsque, apr\u00e8s un supr\u00eame effort, je parvenais \u00e0 les ouvrir, par les caresses d&rsquo;un homme du d\u00e9sert&#8230; Berc\u00e9 par la nuit, je me suis endormi.<br \/>\nJe fus r\u00e9veill\u00e9 par ma voix int\u00e9rieure avant que le soleil ne se l\u00e8ve derri\u00e8re les montagnes saoudiennes&#8230; Je me suis assis sur le rivage, en posture de yogi, en attendant le soleil&#8230; Juste avant qu&rsquo;il ne se l\u00e8ve, Sayed est arriv\u00e9 par derri\u00e8re et a recouvert mes yeux&#8230;. Il s&rsquo;est assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Nous avons pris des mangues pour le petit-d\u00e9jeuner et nous sommes partis ! J&rsquo;ai d\u00fb porter une kufia (un voile) pendant plusieurs kilom\u00e8tres, car il y avait des postes de police et les \u00e9trangers n&rsquo;avaient pas le droit de dormir sur la plage. Avec un voile et \u00e0 la vitesse de la voiture, j&rsquo;avais fi\u00e8re allure.<br \/>\nArriv\u00e9e \u00e0 Nueiba, j&rsquo;ai cherch\u00e9 en vain le petit kiosque o\u00f9 l&rsquo;on vendait les billets. Toutes les indications que l&rsquo;on me donnait me conduisaient \u00e0 un endroit diff\u00e9rent. J&rsquo;ai fini par le trouver gr\u00e2ce \u00e0 un \u00c9cossais, mais ils venaient de fermer. Je me suis assis pour attendre dans un de ces petits bars caboss\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;ombre d&rsquo;un toit de palmier qui me prot\u00e9geait du soleil. Apr\u00e8s avoir obtenu le billet, en dollars de surcro\u00eet, j&rsquo;ai retravers\u00e9 la petite ville jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;enceinte du port. Tous les pauvres Arabes faisaient une queue inhumaine, et les Guiris, comme les ministres, passaient sans faire la queue. J&rsquo;ai appris que le ferry partirait tard. S&rsquo;il est une chose dont on a besoin dans le monde arabe, c&rsquo;est de patience.<br \/>\nJe me suis enquis du sort final des pauvres Arabes v\u00eatus de haillons et trait\u00e9s avec le plus grand m\u00e9pris par les gardes. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;humbles \u00c9gyptiens qui se rendaient en Arabie Saoudite en tant que main-d&rsquo;\u0153uvre bon march\u00e9. Lorsque j&rsquo;ai demand\u00e9 pourquoi ils ne prenaient pas un ferry direct pour l&rsquo;Arabie, mais passaient par la Jordanie, on m&rsquo;a r\u00e9pondu que le ferry pour l&rsquo;Arabie prenait cinquante heures. Pauvres gens !<br \/>\nUne fois sur le ferry, j&rsquo;ai fait tout le voyage sur le pont, ce qui est interdit aux femmes, et j&rsquo;\u00e9tais donc la seule dans une foule d&rsquo;hommes. J&rsquo;\u00e9tais appuy\u00e9e contre la rambarde ouest et je regardais le soleil se coucher derri\u00e8re les montagnes \u00e9gyptiennes. Bleu dans le cr\u00e9puscule. Jordi, un charmant arch\u00e9ologue sous-marin de G\u00e9rone que je venais de rencontrer, \u00e9tait avec moi. En m\u00eame temps qu&rsquo;il jouait le r\u00f4le de protecteur invisible face aux regards curieux et d\u00e9sapprobateurs des \u00c9gyptiens, il me r\u00e9v\u00e9lait les secrets qu&rsquo;il avait d\u00e9couverts lors de ses nombreuses aventures sous-marines dans cette belle mer. Apparemment, il y a beaucoup de requins ! Heureusement que je ne l&rsquo;ai pas d\u00e9couvert plus t\u00f4t, sinon je ne nagerais pas.<br \/>\nPendant le voyage, nous avons rencontr\u00e9 Muhamed, l&rsquo;un des plus anciens marins du bateau, qui nous a invit\u00e9s \u00e0 rester chez lui si nous allions \u00e0 Amman. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, nous avons eu une vue privil\u00e9gi\u00e9e de l&rsquo;amarrage, y compris des man\u0153uvres du pilote.<br \/>\nAu port, nous avons pay\u00e9 les frais de visa. Curieusement, il varie d&rsquo;un pays \u00e0 l&rsquo;autre, alors que les Allemands paient un minimum symbolique, les Anglais doivent payer beaucoup. Les Espagnols sont au milieu, ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre. Ensuite, \u00e0 la porte du port, il y avait une tr\u00e8s longue file de gars qui \u00e9taient charg\u00e9s dans des camions, comme du b\u00e9tail, les m\u00eames qu&rsquo;ils envoyaient en Arabie Saoudite.<br \/>\nComme il faisait d\u00e9j\u00e0 nuit, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de passer la nuit \u00e0 Aqaba, dans un petit h\u00f4tel du centre. Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de nous promener, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que, errant dans la nuit, nos pas nous conduisent \u00e0 la plage. Il y avait beaucoup de gens assis, des familles enti\u00e8res, des groupes de jeunes. Lorsque nous sommes pass\u00e9s devant des enfants, ils nous ont salu\u00e9s et nous nous sommes assis avec eux. Il s&rsquo;agissait principalement d&rsquo;\u00e9tudiants du nord de la Jordanie. J&rsquo;ai trouv\u00e9 que c&rsquo;\u00e9taient des gens merveilleux, tr\u00e8s sensibles et int\u00e9ress\u00e9s par le monde, avec beaucoup de dignit\u00e9 humaine. Bien qu&rsquo;ils partagent la m\u00eame langue que les \u00c9gyptiens, ils n&rsquo;en sont pas moins diff\u00e9rents. Alors que de nombreux \u00c9gyptiens que j&rsquo;ai rencontr\u00e9s \u00e9taient incapables de parler correctement l&rsquo;arabe classique, les Jordaniens en \u00e9taient parfaitement capables. C&rsquo;\u00e9tait tout simplement un plaisir de converser avec eux.<br \/>\n\u00c0 une heure du matin, la police est venue nous dire tr\u00e8s poliment qu&rsquo;il \u00e9tait interdit de se trouver sur la plage apr\u00e8s cette heure et nous sommes partis. \u00c0 mi-chemin, la police nous a rattrap\u00e9s et s&rsquo;est excus\u00e9e&#8230;. Ils nous ont dit que nous pouvions aller o\u00f9 nous voulions et qu&rsquo;ils nous accompagneraient pour que personne ne nous d\u00e9range. Nous leur avons \u00e9t\u00e9 reconnaissants de leur diligence. Nous avons d\u00fb insister sur le fait que nous \u00e9tions vraiment fatigu\u00e9s et que nous voulions dormir, afin qu&rsquo;ils puissent se reposer et que leurs probl\u00e8mes de conscience disparaissent. Je me suis endormie d&rsquo;un doux sommeil, berc\u00e9e par la pens\u00e9e de la beaut\u00e9 de la Jordanie ! La plus belle langue&#8230; Les plus beaux hommes&#8230; et les gens les plus cultiv\u00e9s. Et pourtant, il me restait \u00e0 d\u00e9couvrir toutes les merveilleuses enclaves secr\u00e8tes de ce nouveau pays.<\/p>\n<p><strong>IV. P\u00e9tra<\/strong><\/p>\n<p>Le lendemain matin, nous partons pour <strong>P\u00e9tra<\/strong>. Un bus de cinq personnes : Jordi, trois Fran\u00e7ais et moi. Le paysage est plus discret que celui du Sina\u00ef. Des deux c\u00f4t\u00e9s, il y avait des montagnes d&rsquo;un blanc rouge\u00e2tre et d&rsquo;une couleur ocre, pas tr\u00e8s escarp\u00e9es, plus caillouteuses et avec quelques broussailles \u00e9parses. Les maisons des villages que nous avons travers\u00e9s ressemblaient \u00e0 celles de la Tunisie, carr\u00e9es, en pierre ou en b\u00e9ton, et g\u00e9n\u00e9ralement peintes en blanc.<br \/>\nNous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Wadi Musa et avons imm\u00e9diatement cherch\u00e9 un h\u00f4tel. En n\u00e9gociant, j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 obtenir un bon prix ; les quatre gar\u00e7ons dans une chambre et moi dans une autre chambre, seul. Nous avons laiss\u00e9 nos sacs \u00e0 dos et avons \u00e9t\u00e9 conduits en minibus de l&rsquo;h\u00f4tel \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e des ruines de la ville de Petra.<br \/>\nNous avons commenc\u00e9 \u00e0 marcher. Au d\u00e9but, il y avait un immense espace ouvert rempli de chevaux et d&rsquo;\u00e2nes&#8230;. On avait l&rsquo;impression que des milliers de touristes allaient arriver (ce qui n&rsquo;\u00e9tait heureusement pas le cas&#8230; ou peut-\u00eatre que si, mais c&rsquo;est tellement grand qu&rsquo;on n&rsquo;a jamais l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre surpeupl\u00e9).<br \/>\nApr\u00e8s avoir travers\u00e9 le champ, on p\u00e9n\u00e8tre dans l&#8217;embouchure de la gorge. J&rsquo;avais toujours voulu aller \u00e0 Petra, mais je n&rsquo;avais jamais imagin\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9tait aussi belle qu&rsquo;elle l&rsquo;\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9&#8230; Cette gorge grandiose et imposante, de plus en plus \u00e9troite au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;elle se refermait sur moi, avec les figuiers qui poussaient comme par magie entre les rochers, des rochers aux couleurs incroyablement vari\u00e9es, dont les tons allaient du noir au blanc, en passant par les gris, les bleus, les verts, les roses, les rouges et les jaunes.<br \/>\nDe temps en temps, surtout sur le c\u00f4t\u00e9 gauche de la route, apparaissaient de petits temples carr\u00e9s taill\u00e9s dans la pierre, g\u00e9n\u00e9ralement avec deux petites colonnes et un simple linteau les reliant. Comme je l&rsquo;ai appris plus tard, il s&rsquo;agissait des maisons que les Nabat\u00e9ens construisaient pour leurs dieux. Chaque petit temple abritait un dieu.<br \/>\nLa magnifique gorge m\u00e8ne au Khazneh, le temple des quatre couleurs : rose p\u00e2le \u00e0 l&rsquo;aube, ocre \u00e0 midi, orange dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi et rose vif au coucher du soleil&#8230;. Les couleurs changeantes des pierres sont fascinantes ! On dirait que l&rsquo;air se d\u00e9guise en kal\u00e9idoscope et joue \u00e0 combiner miroirs et objets pour ravir les sens de celui qui regarde. Ce temple avait \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement sculpt\u00e9, cisel\u00e9 dans la roche, colonnes, chapiteaux, linteaux, architraves, frises, acrot\u00e8res, tympans, tout, absolument tout, taill\u00e9 dans la roche, sans le moindre ajout. Le plus \u00e9tonnant est de penser que les Nabat\u00e9ens, cette grande civilisation s\u00e9mitique qui a habit\u00e9 cette terre plusieurs si\u00e8cles avant J\u00e9sus-Christ, pouvaient poss\u00e9der la technique pour sculpter de telles merveilles dans la roche. Et quels plafonds ! La roche y a fait na\u00eetre des mosa\u00efques naturelles d&rsquo;une richesse de couleurs impressionnante&#8230;<br \/>\nLa ville commence \u00e0 Khazneh. La gorge s&rsquo;\u00e9largit peu \u00e0 peu jusqu&rsquo;\u00e0 devenir une large rue, o\u00f9 l&rsquo;on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de regarder, car \u00e0 droite et \u00e0 gauche, il y a de beaux temples, des tombes fascinantes, des maisons, etc. Le tout taill\u00e9 dans les pentes de ces montagnes. Je passais mon temps \u00e0 ramasser des cailloux color\u00e9s sur le sol, comme si j&rsquo;\u00e9tais tomb\u00e9 sous le charme.<br \/>\nLa route menait \u00e0 l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre romain datant du deuxi\u00e8me si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C., lorsque Trajan a soumis le peuple nabat\u00e9en. Apr\u00e8s l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre, il y avait une autre s\u00e9rie de ruines de temples et de march\u00e9s romains. Pour \u00eatre honn\u00eate, je dois avouer que je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9 : comment expliquer qu&rsquo;il ne reste gu\u00e8re plus que quelques murs isol\u00e9s des temples romains et que les temples nabat\u00e9ens, bien plus anciens, soient parfaitement pr\u00e9serv\u00e9s ? Et dans ce cas, comment \u00e9viter d&rsquo;\u00eatre aveugl\u00e9 par la splendeur des monuments nabat\u00e9ens au point d&rsquo;\u00eatre incapable d&rsquo;appr\u00e9cier tout autre exemple d&rsquo;art \u00e0 sa juste valeur ?<br \/>\nLe plus dur restait \u00e0 faire. Une mont\u00e9e sur des sentiers tr\u00e8s escarp\u00e9s sur plusieurs kilom\u00e8tres. Ils disaient qu&rsquo;au bout du chemin, l\u00e0-haut, se trouvait le monast\u00e8re, la plus grandiose des constructions nabat\u00e9ennes. Si c&rsquo;\u00e9tait le cas, il fallait continuer. Enfin, nous sommes arriv\u00e9s : \u00ab Ualhamdulilah \u00bb (en chr\u00e9tien : Dieu merci). Le monast\u00e8re \u00e9tait merveilleux. De dimensions impressionnantes, il avait la particularit\u00e9 de pouvoir monter jusqu&rsquo;\u00e0 sa corniche en escaladant le flanc du rocher. Quelle sensation de pl\u00e9nitude et de libert\u00e9 ! Quelle joie de pouvoir se reposer sur un ouvrage aussi \u00e9norme ! Du sommet, on aper\u00e7oit au loin tous les temples de P\u00e9tra, petits comme des bo\u00eetes rouges.<br \/>\nEn redescendant, nous avons voulu voir les ruines qui restaient&#8230; et nous nous sommes perdus&#8230; nous avons march\u00e9 pendant une dizaine de kilom\u00e8tres jusqu&rsquo;\u00e0 une immense tente berb\u00e8re o\u00f9 l&rsquo;on nous a offert du th\u00e9&#8230;. C&rsquo;est gentil ! La pauvre dame \u00e9tait veuve avec six enfants. Les femmes berb\u00e8res sont curieuses, beaucoup d&rsquo;entre elles ont plusieurs dents manquantes et d&rsquo;autres sont en or massif, elles ont aussi le visage compl\u00e8tement tatou\u00e9 avec des signes qui en th\u00e9orie sont destin\u00e9s \u00e0 les embellir. Je dis en th\u00e9orie, car en pratique, c&rsquo;est choquant.<br \/>\nNous avons essay\u00e9 de demander si nous allions bien et on nous a dit que nous aurions d\u00fb tourner \u00e0 gauche depuis longtemps. Finalement, apr\u00e8s avoir beaucoup suppli\u00e9, j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 convaincre le fils a\u00een\u00e9 de nous accompagner jusqu&rsquo;\u00e0 ce que nous retrouvions notre chemin, car, bien qu&rsquo;il me l&rsquo;ait expliqu\u00e9 trois fois, je n&rsquo;avais pas bien compris&#8230;.. Heureusement qu&rsquo;il est venu, sinon je nous verrais sur ces petites routes jusqu&rsquo;au Jugement dernier. Le fils a\u00een\u00e9 avait en fait dix-sept ans et allait se marier l&rsquo;ann\u00e9e suivante. C&rsquo;est \u00e9tonnant de voir \u00e0 quel point les jeunes se marient ici. Je commence \u00e0 leur para\u00eetre vieux&#8230; et quand je leur dis qu&rsquo;en Espagne, on se marie \u00e0 vingt-huit ou trente ans, ils ont l&rsquo;air horrifi\u00e9.<br \/>\nDe retour sur le Buen Sendero, nous passons devant le Triclinium romain. Ensuite, l&rsquo;ascension a repris. Sur l&rsquo;un des paliers se trouvait la c\u00e9l\u00e8bre fontaine du Lion, qui n&rsquo;\u00e9tait ni plus ni moins qu&rsquo;un \u00e9norme lion sculpt\u00e9 dans la roche, comme s&rsquo;il en sortait, avec de l&rsquo;eau entrant par un tuyau dans sa queue et sortant par sa bouche&#8230; \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Aujourd&rsquo;hui, il est \u00e0 sec.<br \/>\nAu sommet de la mont\u00e9e, une immense plate-forme, le Rocher du Sacrifice, sur laquelle les pr\u00eatres nabat\u00e9ens offraient des animaux en sacrifice \u00e0 leurs dieux. Aujourd&rsquo;hui, il n&rsquo;y a plus de sang, mais la vue est splendide sur toutes les montagnes qui entourent Petra. De l\u00e0 commence une immense descente avec des milliers de marches et tr\u00e8s raide.<br \/>\nCette nuit-l\u00e0, mon corps \u00e9tait si plein et mon \u00e2me si combl\u00e9e que j&rsquo;ai plong\u00e9 dans l&rsquo;un des r\u00eaves les plus doux de ma vie.<br \/>\nParfois, je me dis que lorsqu&rsquo;un \u00eatre humain d\u00e9sire quelque chose avec une grande v\u00e9h\u00e9mence et qu&rsquo;il occupe son esprit et ses sens de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e avec ce d\u00e9sir, il tisse progressivement une toile invisible entre lui et l&rsquo;objet de son d\u00e9sir. C&rsquo;est peut-\u00eatre \u00e0 cela que nous jouions, Petra et moi.<br \/>\nLe lendemain matin, je voulais repartir vers Amman. Jordi et moi \u00e9tions dans un taxi&#8230;. [Maintenant que j&rsquo;y pense, ne croyez pas que j&rsquo;avais une fortune et que c&rsquo;est pour cela que j&rsquo;ai toujours pu me permettre d&rsquo;aller en taxi, c&rsquo;est le moyen de transport le moins cher sous ces latitudes ; c&rsquo;est \u00e0 peine plus cher que le bus et beaucoup plus confortable]&#8230;. Quoi qu&rsquo;il en soit, alors que nous \u00e9tions conduits \u00e0 Maan, pour prendre un bus pour Amman, le chauffeur de taxi, un homme de mon \u00e2ge, m&rsquo;a demand\u00e9 ce que j&rsquo;avais vu \u00e0 Petra. \u00ab Petra \u00bb. \u00ab\u00a0Seule ? \u00ab\u00a0Eh bien, oui&#8230; Qu&rsquo;y a-t-il d&rsquo;autre \u00e0 voir ?\u00a0\u00bb. Et il m&rsquo;a cit\u00e9 une s\u00e9rie de noms. \u00ab Ah, non, je ne les connais pas \u00bb. Nous avons continu\u00e9 \u00e0 parler d&rsquo;autres choses. Il m&rsquo;a propos\u00e9 de rester, m&rsquo;a montr\u00e9 la liste des lieux et a dormi dans sa maison avec sa famille.<br \/>\nJ&rsquo;ai r\u00e9veill\u00e9 Jordi, pour qui l&rsquo;arabe devait \u00eatre une musique c\u00e9leste, car il dormait toujours, et je lui ai demand\u00e9 ce qu&rsquo;il faisait. \u00ab\u00a0Je dois me rendre en Syrie dans quelques jours. Je ne peux pas rester. Bien qu&rsquo;il soit bon d&rsquo;avoir des compagnons de voyage, qui rendent le voyage plus agr\u00e9able, comme tout le reste dans la vie, ce sont aussi des passagers. M\u00eame si tous les adieux sont tristes, parce que le c\u0153ur s&rsquo;attache rapidement aux personnes qui nous sont particuli\u00e8rement ch\u00e8res, ils sont aussi n\u00e9cessaires. C&rsquo;est ainsi que nous pouvons nourrir dans notre \u00e2me le r\u00eave de retrouvailles. Au revoir G\u00e9rone. Fins a la propera !<br \/>\nJe suis reparti, seul face au danger, sur les routes du Moyen-Orient. Sa\u00efd m&rsquo;a emmen\u00e9 \u00e0 Shobak, qui \u00e9tait, avec Kerak, les deux principaux forts chr\u00e9tiens pendant les croisades. Bien que moins touristique que Kerak, la forteresse de Shobak est d&rsquo;une grande beaut\u00e9. Des cinq \u00e9tages qu&rsquo;elle comptait en 1115 lors de sa construction par les Fran\u00e7ais, il n&rsquo;en reste que deux, un tremblement de terre ayant d\u00e9truit les autres \u00e9tages au XIIIe si\u00e8cle. Malgr\u00e9 cela, elle est pleine de surprises. On y trouve de tout, des salles de pressurage du vin aux \u00e9glises, en passant par des tunnels de cinquante m\u00e8tres de long qui descendent \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la montagne.<br \/>\nDe l\u00e0, il m&rsquo;a conduit \u00e0 l&rsquo;Abdal\u00eda, une zone remplie d&rsquo;arbres, dont je ne sais pas s&rsquo;il s&rsquo;agissait de ch\u00eanes verts ou de ch\u00eanes, mais ce dont je suis s\u00fbr, c&rsquo;est qu&rsquo;ils produisaient des glands. Bien que cela puisse para\u00eetre idiot, il est surprenant et agr\u00e9able de trouver une for\u00eat au milieu de ces montagnes arides. Sur le chemin du retour vers Petra, nous avons travers\u00e9 Baida, la Blanche. Le m\u00eame type de maisons et de temples qu&rsquo;\u00e0 P\u00e9tra, taill\u00e9s dans la roche, mais cette fois la roche est blanche, d&rsquo;un blanc intense, parfois vein\u00e9e de vert et d&rsquo;ocre. C&rsquo;est aussi impressionnant et beau.<br \/>\nNous sommes all\u00e9s chez lui. Sa femme, Ibitisam ou traduite par Sourire, \u00e2g\u00e9e de vingt ans, avait d\u00e9j\u00e0 deux filles. J&rsquo;ai trouv\u00e9 choquant qu&rsquo;une fille puisse \u00eatre la m\u00e8re d&rsquo;autres filles. Nous nous sommes assis pour manger et on m&rsquo;a donn\u00e9 un riz savoureux avec des \u00e9pices&#8230;. Nous avons parl\u00e9 jusque tard dans la nuit&#8230;.<br \/>\nLentement, ses paroles sont devenues une berceuse en arri\u00e8re-plan, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elles se fondent dans le murmure du vent du d\u00e9sert&#8230;. Ce vent de sable m&rsquo;avait emprisonn\u00e9 dans ses bras mall\u00e9ables et me tirait vers l&rsquo;ext\u00e9rieur. On me retirait de force d&rsquo;un endroit trop beau pour que je l&rsquo;aie quitt\u00e9 de mon plein gr\u00e9&#8230;<\/p>\n<h1><span class=\"ez-toc-section\" id=\"v_autour_de_la_mer_morte\"><\/span><strong>V. Autour de la mer Morte<\/strong><span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n<p>Abaissez doucement vos paupi\u00e8res et d\u00e9tendez votre esprit. Activez votre subconscient. Rappelez-vous ces temps pass\u00e9s o\u00f9 l&rsquo;humanit\u00e9 se r\u00e9sumait \u00e0 quelques tribus. Rappelez-vous au bord de quelle mer nous jouions \u00e0 &#8230;. Elle \u00e9tait tr\u00e8s sal\u00e9e et s&rsquo;y baigner \u00e9tait un vrai plaisir car on flottait comme si c&rsquo;\u00e9tait un plaisir ?<br \/>\nAujourd&rsquo;hui, apr\u00e8s mon voyage, je suis revenu caresser ses eaux. Cette \u00ab <strong>Bajar Almait<\/strong> \u00bb ou Mer Morte est diff\u00e9rente de toutes les autres mers que j&rsquo;ai pu voir dans ma vie. L&rsquo;\u00e9norme salinit\u00e9 de ses eaux rend impossible toute trace de vie animale ou v\u00e9g\u00e9tale dans ses profondeurs.<br \/>\nElle est si dense que lorsque vous lancez une pierre du haut d&rsquo;une petite falaise avec toute la force de votre \u00eatre pour qu&rsquo;elle aille le plus loin possible, il se passe quelque chose d&rsquo;\u00e9trange. Il se passe quelque chose d&rsquo;\u00e9trange. D\u00e8s que la pierre entre en contact avec l&rsquo;eau, vous perdez tout sens de la r\u00e9alit\u00e9. L&rsquo;eau ne se met pas imm\u00e9diatement \u00e0 vibrer et \u00e0 projeter des cercles concentriques dans le ciel, elle prend son temps. Elle avale d&rsquo;abord la pierre, je suppose qu&rsquo;elle la p\u00e8se, la caresse, la fait mesurer par ses experts et analyse sa composition chimique, puis se d\u00e9cide lentement. D\u00e9cider de la r\u00e9action \u00e0 adopter.<br \/>\nPendant ce temps, assis au bord de la falaise, envelopp\u00e9 d&rsquo;une chape d&rsquo;angoisse, on attend de voir quand l&rsquo;eau va danser&#8230; Jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un peu plus tard, et tr\u00e8s lentement, l&rsquo;eau commence \u00e0 monter autour de l&rsquo;endroit o\u00f9 elle a aval\u00e9 la pierre&#8230; Et apr\u00e8s la cr\u00eate, vient la chute, suivie d&rsquo;une nouvelle mont\u00e9e. Peu \u00e0 peu, la surface sp\u00e9culaire se transforme en petites collines cendr\u00e9es qui restent, qui restent ind\u00e9l\u00e9biles, architectes d&rsquo;un \u00e9quilibre compliqu\u00e9, pendant des instants \u00e9ternels. Une surface transform\u00e9e en plis pierreux qui ne semblent pas vouloir partir.<br \/>\nTout pr\u00e8s de la mer Morte, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des terres, d&rsquo;immenses jets d&rsquo;eau chaude jaillissent des rochers et tombent en forme d&rsquo;immenses cascades jusqu&rsquo;\u00e0 toucher le sol. Se tenir sous ces colonnes cristallines, c&rsquo;est supporter de lourdes avalanches. M\u00e8re Nature vous r\u00e9compense en vous offrant des saunas naturels encastr\u00e9s dans la roche, o\u00f9 vous pourrez vous reposer et r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer vos membres estropi\u00e9s. De ce lieu paradisiaque appel\u00e9 Hamamat Main, des masses d&rsquo;eau bouillonnantes s&rsquo;\u00e9coulent en direction de la mer sans vie qui vous attend \u00e0 une dizaine de kilom\u00e8tres. Des amoureux passionn\u00e9s \u00e0 la recherche des eaux sal\u00e9es.<br \/>\nEt lorsqu&rsquo;elles atteignent la mer, la nature leur a pr\u00e9par\u00e9 de petits bassins creus\u00e9s dans la roche, o\u00f9 elles peuvent se reposer et prendre leur dernier souffle avant de se jeter dans le grand bassin sal\u00e9. Ces eaux, en raison de leur temp\u00e9rature \u00e9lev\u00e9e, et la mer Morte, en raison de sa forte salinit\u00e9, pourraient sembler \u00eatre des messagers de la mort, et pourtant c&rsquo;est un sentiment de douce pl\u00e9nitude qui d\u00e9borde de notre \u00e2me lorsque l&rsquo;on se laisse bercer par son manteau.<br \/>\nL&rsquo;endroit que je vous d\u00e9cris, o\u00f9 les deux courants se rencontrent, j&rsquo;ai pu le trouver gr\u00e2ce \u00e0 un gar\u00e7on. Je l&rsquo;avais agress\u00e9 un midi \u00e0 Amman, le suppliant de m&#8217;emmener \u00e0 la fronti\u00e8re isra\u00e9lienne. Il m&rsquo;a emmen\u00e9, mais lorsque nous sommes arriv\u00e9s, la fronti\u00e8re \u00e9tait ferm\u00e9e.<br \/>\nPlus t\u00f4t dans la journ\u00e9e, j&rsquo;avais fait patiemment la queue au minist\u00e8re jordanien des affaires \u00e9trang\u00e8res, dans une cabane \u00e9rig\u00e9e dans ses jardins, qui sert de \u00ab repr\u00e9sentation palestinienne \u00bb et o\u00f9 l&rsquo;on est cens\u00e9 obtenir un visa pour se rendre dans les territoires occup\u00e9s. Je pense que l&rsquo;atmosph\u00e8re \u00e9touffante qui r\u00e8gne dans cette file d&rsquo;attente est une tentative subliminale de vous d\u00e9courager d&rsquo;y aller. Cependant, mon impatience de voir la Palestine historique \u00e9tait si grande qu&rsquo;aucun obstacle n&rsquo;aurait suffi \u00e0 me dissuader.<br \/>\nPendant que je faisais la queue, j&rsquo;avais entendu des rumeurs selon lesquelles le poste fronti\u00e8re \u00e9tait ferm\u00e9 \u00e0 midi, une heure, trois heures, cinq heures et huit heures. Comme toujours dans ces r\u00e9gions, personne ne sait jamais exactement quelle heure il est. Une phobie inconsciente du temps qui passe.<br \/>\nQuand, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 la masse, j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 obtenir mon petit bout de papier vers midi, j&rsquo;ai couru jusqu&rsquo;au centre, jusqu&rsquo;\u00e0 la gare routi\u00e8re. Il n&rsquo;y avait plus rien et j&rsquo;ai agress\u00e9 un jeune chauffeur de taxi. Avec les armes aiguis\u00e9es d&rsquo;une femme, c&rsquo;\u00e9tait un jeu d&rsquo;enfant de le convaincre de me prendre en charge. Il n&rsquo;y avait qu&rsquo;une heure et demie de route. Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 trois heures. Alors que je m&rsquo;approchais du poste fronti\u00e8re, les deux policiers m&rsquo;ont regard\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re \u00e9trange, comme s&rsquo;ils pensaient : \u00ab Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;elle fait ici ? Ils avaient ferm\u00e9 \u00e0 13 heures. Impossible de les convaincre.<br \/>\nEt maintenant, que faire ? Il n&rsquo;y avait pas un seul h\u00f4tel dans toute la r\u00e9gion. Le plus proche \u00e9tait \u00e0 Amman&#8230; o&#8230; \u00ab\u00a0\u00e0 la Mer Morte&#8230; Ce serait un p\u00e9ch\u00e9 pour toi de partir d&rsquo;ici sans te baigner dans les eaux de cette belle mer\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que tu vas faire, Muna ? Tu dois attendre jusqu&rsquo;\u00e0 demain. Tu ne peux pas passer aujourd&rsquo;hui. \u00ab\u00a0La mer Morte est-elle tr\u00e8s loin d&rsquo;ici ? \u00ab\u00a0Non, elle est tr\u00e8s proche. \u00ab Tu peux m&rsquo;amener plus pr\u00e8s et je resterai l\u00e0 ? \u00bb.<br \/>\nNous traversions des vergers sur les rives du Jourdain&#8230; Jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;au loin, un \u00e9pais nuage d&rsquo;air condens\u00e9 s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve devant nos yeux. \u00ab\u00a0C&rsquo;est la mer. Peu apr\u00e8s, nous avons \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s par la police. Soit nous payons la somme demand\u00e9e, soit nous ne pouvons pas continuer&#8230; Si le rev\u00eatement de la route avait \u00e9t\u00e9 bon, on aurait pu se consoler en se disant \u00ab rien, comme les p\u00e9ages dans mon pays \u00bb, mais la route \u00e9tait comme des ch\u00e8vres ; la pauvre voiture sautait sans cesse vers l&rsquo;infini \u00e0 cause des nombreux nids-de-poule dans le rev\u00eatement. J&rsquo;ai voulu payer et il ne m&rsquo;a pas laiss\u00e9 faire. Il l&rsquo;a fait.<br \/>\nNous avons commenc\u00e9 \u00e0 longer la mer par une route \u00e9troite, entre les montagnes et la petite falaise qui allait tomber dans la mer. Des eaux majestueuses envelopp\u00e9es dans un nuage d&rsquo;ouate. C&rsquo;est irr\u00e9el. Magnifique. \u00ab O\u00f9 allons-nous ? \u00bb \u00ab\u00a0Je veux te montrer mon endroit pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il m&rsquo;a emmen\u00e9e. Comme par hasard, j&rsquo;avais pass\u00e9 la journ\u00e9e de la veille \u00e0 ces chutes d&rsquo;eau chaude dont je vous ai parl\u00e9, sans avoir la moindre id\u00e9e que le destin me montrerait le lendemain pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;endroit de la mer Morte o\u00f9 ces eaux se jetteraient.<br \/>\nNous \u00e9tions mass\u00e9s par les deux eaux : d\u00e8s que nous nagions dans la mer de sel, d\u00e8s que nous en sortions pour nous asseoir dans ces bassins de roches et de feu pour dessaler et nous d\u00e9tendre.<br \/>\nLorsque le soleil se dirigeait vers les montagnes palestiniennes, l\u00e0, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de cette mer, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de grimper sur une petite falaise pour l&rsquo;admirer. C&rsquo;est l\u00e0 que, tandis qu&rsquo;il jetait ses pierres dans la mer, je m&rsquo;\u00e9merveillais de l&rsquo;immobilit\u00e9 majestueuse avec laquelle l&rsquo;eau lui r\u00e9pondait.<br \/>\nIl a lev\u00e9 le bras pour la \u00e9ni\u00e8me fois, la pierre a g\u00e9mi dans sa main raidie, il s&rsquo;est retourn\u00e9 et l&rsquo;a lanc\u00e9e. Il r\u00e9fl\u00e9chit quelques dixi\u00e8mes de seconde et dit : \u00ab Qu&rsquo;est-ce que tu vas faire maintenant ? Bonne question. \u00ab Je vais rester ici et dormir. \u00bb \u00ab\u00a0C&rsquo;est interdit, il faut quitter les plages avant le coucher du soleil. Vous ne pouvez rester que dans cet h\u00f4tel que nous avons crois\u00e9 quelques kilom\u00e8tres plus loin.\u00a0\u00bb Bien que je n&rsquo;aie pas une grande exp\u00e9rience des h\u00f4tels, il m&rsquo;a suffi de compter les cinq petites \u00e9toiles sur mon passage pour en d\u00e9duire qu&rsquo;avec ce qu&rsquo;il me restait de budget, je pouvais difficilement me l&rsquo;offrir. \u00ab\u00a0Pas l&rsquo;h\u00f4tel. Le silence. Il s&rsquo;est accroupi et son regard s&rsquo;est perdu dans l&rsquo;horizon. Je fis de m\u00eame et me laissai emporter par la beaut\u00e9 du soleil couchant. Entre deux perceptions, mon esprit r\u00e9fl\u00e9chi a demand\u00e9 de l&rsquo;aide, puis s&rsquo;est tu. J&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 l&rsquo;un des plus beaux couchers de soleil de ma vie.<br \/>\nIl se leva, leva \u00e0 nouveau le bras et, alors qu&rsquo;il lan\u00e7ait la pierre, ses pens\u00e9es me parvinrent sous forme de mots. \u00ab\u00a0Si tu veux retourner \u00e0 Amman, reste chez moi, et demain je te ram\u00e8nerai \u00e0 la fronti\u00e8re. Je l&rsquo;ai regard\u00e9 et j&rsquo;ai souri.<br \/>\nJe suis entr\u00e9 dans sa maison. Ils ne savaient pas qui j&rsquo;\u00e9tais, ni d&rsquo;o\u00f9 je venais, mais cela ne semblait pas important. L&rsquo;essentiel \u00e9tait qu&rsquo;un invit\u00e9 \u00e9tait entr\u00e9 dans sa maison et qu&rsquo;il fallait la distraire. Je me suis assise sur des coussins dans la cour. Autour de moi, en cercle, sa famille : parents, fr\u00e8res, beaux-fr\u00e8res, beaux-fr\u00e8res et beaucoup, beaucoup d&rsquo;enfants.<br \/>\nImm\u00e9diatement, une petite table basse a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e devant moi, charg\u00e9e de ces d\u00e9licieux mets arabes. C&rsquo;est le paradis des v\u00e9g\u00e9tariens. Du houmous fra\u00eechement pr\u00e9par\u00e9, cette p\u00e2te de pois chiches dont la texture se situe entre la cr\u00e8me et le p\u00e2t\u00e9, que l&rsquo;on enduit d&rsquo;huile d&rsquo;olive et que l&rsquo;on d\u00e9guste en transformant astucieusement un morceau de pain en cuill\u00e8re avec les mains et en le trempant dedans. Le mutabbal et le ful, semblables aux pr\u00e9c\u00e9dents, mais compos\u00e9s respectivement d&rsquo;aubergines et de f\u00e8ves. Falafel, petites boules de pois chiches et de persil, pan\u00e9es et frites ; \u00e0 mi-chemin entre les croquettes et les boulettes de viande, mais avec un go\u00fbt tr\u00e8s particulier. D&rsquo;exquises courgettes et aubergines farcies de riz. Des petites assiettes avec des olives et toutes sortes d&rsquo;\u00e9pices que l&rsquo;on mange en trempant d&rsquo;abord le pain dans l&rsquo;huile et ensuite dans l&rsquo;assiette correspondante. Lourd pour ces heures tardives de la journ\u00e9e, mais d\u00e9licieux.<br \/>\nSa famille \u00e9tait charmante. Ce sont tous des Palestiniens qui vivent ici depuis la guerre de 67. Son p\u00e8re avait l&rsquo;air d&rsquo;un grand patriarche, p\u00e8re de six fils et de sept filles, un vrai \u00ab jadsh \u00bb. \u00ab Jadsh \u00bb est le titre socio-religieux le plus \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;un musulman puisse recevoir et qu&rsquo;il obtient apr\u00e8s un p\u00e8lerinage \u00e0 La Mecque. Le p\u00e8re d&rsquo;Ibrahim avait d\u00e9j\u00e0 fait deux p\u00e8lerinages \u00e0 la Mecque, ce qui l&rsquo;assimilait \u00e0 un saint pieux. La m\u00e8re, qui n&rsquo;avait probablement pas plus de cinquante-cinq ans, en paraissait soixante-dix ou soixante-quinze. C&rsquo;est le triste sort des femmes musulmanes de cette g\u00e9n\u00e9ration, d&rsquo;avoir autant d&rsquo;enfants que possible et de travailler si dur que leur corps est en proie \u00e0 la difformit\u00e9.<br \/>\nCe n&rsquo;est que lorsque j&rsquo;ai eu fini de manger qu&rsquo;ils ont os\u00e9 go\u00fbter les restes. Heureusement que je n&rsquo;ai pas suivi le dicton espagnol \u00ab en casa del pobre reventar y que no sobre \u00bb, sinon les pauvres. J&rsquo;avais insist\u00e9 pour qu&rsquo;ils mangent avec moi et comme seule la m\u00e8re avait un morceau \u00e0 manger, je pensais que les autres auraient d\u00e9j\u00e0 mang\u00e9. Je ne connaissais pas la coutume arabe selon laquelle seuls l&rsquo;invit\u00e9 et les personnes les plus \u00e2g\u00e9es de la famille ont le droit de manger en premier. Les autres doivent attendre les restes, s&rsquo;il en reste.<br \/>\nJ&rsquo;ai dormi dans la chambre des filles. C&rsquo;est un syst\u00e8me pratique. Les m\u00eames tapis sur lesquels elles s&rsquo;assoient pendant la journ\u00e9e sont leurs tapis de couchage la nuit. Elles n&rsquo;ont qu&rsquo;\u00e0 sortir les couvertures de derri\u00e8re la porte et les \u00e9taler sur les matelas, et en un clin d&rsquo;\u0153il, vous avez fait quinze lits.<br \/>\nLe matin, alors que nous nous appr\u00eations \u00e0 sortir, sa petite ni\u00e8ce s&rsquo;est approch\u00e9e de moi et m&rsquo;a mis un petit sac dans les mains. La combinaison de couleurs \u00e9tait un peu criarde, avec des roses, des jaunes et des ors, mais le visage heureux et l&rsquo;affection avec laquelle elle me l&rsquo;a donn\u00e9 m&rsquo;ont adouci le c\u0153ur. Je l&rsquo;ai prise dans mes bras et lui ai fait un gros c\u00e2lin.<br \/>\nCette fois-ci, le poste fronti\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas un terrain vague comme la veille, mais \u00e9tait rempli \u00e0 ras bord d&rsquo;immenses files de voitures. Nous avons gar\u00e9 sa voiture et avons continu\u00e9 \u00e0 marcher. \u00ab\u00a0Bien qu&rsquo;il y ait encore deux kilom\u00e8tres avant la fronti\u00e8re, nous y arriverons plus vite si nous marchons. Et je l&rsquo;ai suivi, mon beau sac \u00e0 dos sur l&rsquo;\u00e9paule. Nous avons d\u00e9pass\u00e9 toute la file de voitures mourantes, dont on aurait pu croire qu&rsquo;elles faisaient la queue devant une casse. Ibrahim s&rsquo;est adress\u00e9 au policier qui faisait la queue et m&rsquo;a fait signe de le suivre. Apr\u00e8s trois cents m\u00e8tres de marche solitaire, la premi\u00e8re voiture qui passait nous a arr\u00eat\u00e9s et nous a gentiment conduits \u00e0 la fronti\u00e8re.<br \/>\nLa fronti\u00e8re \u00e9tait une gare routi\u00e8re o\u00f9 l&rsquo;on achetait son billet, o\u00f9 l&rsquo;on faisait tamponner son passeport, o\u00f9 l&rsquo;on montait dans un bus et o\u00f9 l&rsquo;on attendait. J&rsquo;ai dit au revoir \u00e0 Ibrahim et je me suis pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 attendre. Au moment o\u00f9 le bus allait d\u00e9marrer, je l&rsquo;ai vu revenir en courant. \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y a, j&rsquo;ai oubli\u00e9 quelque chose ? J&rsquo;ai demand\u00e9 au chauffeur de m&rsquo;ouvrir une seconde et je suis descendue : \u00ab C&rsquo;est pour toi, j&rsquo;ai oubli\u00e9 de te le donner \u00bb. Et, comme le matin, il m&rsquo;a plant\u00e9 une barrette rose et or entre les mains. Pour tout vous dire, je n&rsquo;aurais jamais cru que les gens d&rsquo;ici seraient aussi gentils. J&rsquo;ai dit \u00ab Alf shokran \u00bb (merci beaucoup) et je suis remont\u00e9e dans le bus.<br \/>\nIl s&rsquo;agissait du passage de la fronti\u00e8re du c\u00e9l\u00e8bre pont du roi Hussein pour les Jordaniens et d&rsquo;Allen-by pour les Isra\u00e9liens. Mon esprit th\u00e9\u00e2tral l&rsquo;avait toujours imagin\u00e9 comme un pont de cin\u00e9ma, grand, large, avec des policiers des deux c\u00f4t\u00e9s et sous lequel les eaux du l\u00e9gendaire Jourdain s&rsquo;\u00e9coulaient majestueusement. Mais non. Vous montiez dans le bus, il roulait le long de petites routes, y compris un petit pont branlant au-dessus d&rsquo;un minuscule ruisseau, et peu de temps apr\u00e8s, il atterrissait \u00e0 une autre gare routi\u00e8re et vous \u00e9tiez en Isra\u00ebl &#8211; enfin, non, en fait, vous arriviez \u00e0 une autre gare routi\u00e8re en Palestine occup\u00e9e par Isra\u00ebl, et non en Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><span class=\"ez-toc-section\" id=\"vi_la_mer_sainte\"><\/span><strong>VI. La Mer Sainte<\/strong><span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Vous souvenez-vous du nombre d&rsquo;\u00eatres de lumi\u00e8re, arabes et juifs, qui ont habit\u00e9 ces terres s\u00e9mitiques dans la nuit des temps ? Lorsque le monde vivait encore dans des grottes, sur ces terres s\u00e9mitiques (et j&rsquo;entends ces terres s\u00e9mitiques au sens large&#8230; de la M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an Indien), la lumi\u00e8re brillait d&rsquo;un \u00e9clat splendide. Parfois, je m&rsquo;amuse \u00e0 me rappeler comment nous vivions autrefois. La vie \u00e9tait plus d\u00e9tendue qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, plus harmonieuse, mais il y avait toujours des moments difficiles. Bien qu&rsquo;Ibrahim, notre grand patriarche Abraham, ait \u00e9t\u00e9 incontestablement un \u00eatre de lumi\u00e8re, je me souviens avoir beaucoup pleur\u00e9 lorsqu&rsquo;il a conduit sa femme Agar et leur fils Isma\u00ebl dans le d\u00e9sert. Je craignais qu&rsquo;ils ne survivent pas. Dieu merci, ils s&rsquo;en sont sortis et Agar a pu devenir la grand-m\u00e8re du peuple arabe.<br \/>\nUn autre souvenir qui me vient \u00e0 l&rsquo;esprit est celui de l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 nous faisions partie des Ess\u00e9niens. J&rsquo;ai rencontr\u00e9 un homme merveilleux du nom d&rsquo;Aisa, notre v\u00e9n\u00e9r\u00e9 J\u00e9sus, qui s&rsquo;est imm\u00e9diatement distingu\u00e9 par l&rsquo;immense puret\u00e9 de son aura. Un autre \u00eatre de lumi\u00e8re.<br \/>\nC&rsquo;\u00e9tait \u00e9trange d&rsquo;\u00eatre \u00e0 nouveau ici, apr\u00e8s tant de si\u00e8cles pass\u00e9s \u00e0 visiter ces r\u00e9gions uniquement avec mes souvenirs. Tant de choses ont chang\u00e9 ! Du ciel, on ne voit plus de tentes b\u00e9douines partout, mais des taches de tissus color\u00e9s. Certains sont blancs et bleus, d&rsquo;autres blancs, noirs, rouges et verts. Les premiers semblent \u00eatre des drapeaux isra\u00e9liens, les seconds des drapeaux palestiniens.<br \/>\nEn effet, ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 la gare routi\u00e8re du poste fronti\u00e8re isra\u00e9lien que commence une s\u00e9rie de postes de contr\u00f4le de la police, avec leurs insignes multicolores, le tout au milieu de routes d\u00e9sertes bord\u00e9es par le n\u00e9ant. D&rsquo;abord un point de contr\u00f4le isra\u00e9lien, puis un point de contr\u00f4le palestinien. Peu apr\u00e8s, nous avons travers\u00e9 un petit village rempli \u00e0 ras bord de drapeaux palestiniens et de palmiers. Cela commen\u00e7ait \u00e0 m&rsquo;agacer et j&rsquo;ai demand\u00e9 : \u00ab O\u00f9 sommes-nous ? \u00ab En Arija \u00bb. \u00ab\u00a0Arija, Arija&#8230; mmmm&#8230;. Ah, bien s\u00fbr, J\u00e9richo. Nous traversons la capitale du territoire r\u00e9cemment d\u00e9clar\u00e9 sous jurisprudence palestinienne\u00a0\u00bb. Je fis part de ma d\u00e9couverte aux touristes qui voyageaient avec moi, car ils avaient la m\u00eame expression de confusion et d&rsquo;hallucination sur le visage que moi quelques instants auparavant, et ils \u00e9taient tr\u00e8s heureux. Peu de temps apr\u00e8s, un autre stand palestinien, puis un autre isra\u00e9lien. L\u00e0, je n&rsquo;ai m\u00eame pas demand\u00e9, j&rsquo;ai simplement expliqu\u00e9 aux gens que nous entrions \u00e0 nouveau en Isra\u00ebl. \u00ab\u00a0Adieu, J\u00e9richo, petit morceau de ma terre palestinienne !<br \/>\nEn un clin d&rsquo;\u0153il, nous nous sommes retrouv\u00e9s \u00e0 <strong>Qods<\/strong>, la ville sainte, <strong>J\u00e9rusalem<\/strong>. C&rsquo;est une ville que je n&rsquo;avais jamais imagin\u00e9e auparavant et c&rsquo;est peut-\u00eatre pour cela qu&rsquo;elle m&rsquo;a tant impressionn\u00e9. Essayons de reconstituer mon exp\u00e9rience. Prends-moi par la main et laisse-toi aller. Vous venez de quitter J\u00e9richo et vous tr\u00e9buchez dans votre voiture au milieu d&rsquo;une foule de gens dans des rues \u00e9troites o\u00f9 passe \u00e0 peine une voiture&#8230; pleins d&rsquo;Arabes qui vendent, ach\u00e8tent, s&rsquo;assoient sur les trottoirs, discutent \u00e0 la porte des boutiques&#8230; les femmes dans leurs longues robes et les hommes dans leurs djellabas&#8230; tous couverts jusqu&rsquo;aux dents au milieu de l&rsquo;\u00e9t\u00e9&#8230; \u00ab O\u00f9 suis-je ? \u00bb. \u00ab A Quds, \u00e0 J\u00e9rusalem \u00bb, r\u00e9pondent-ils. On se demande s&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de la m\u00eame ville que celle que les Isra\u00e9liens revendiquent comme capitale. \u00ab\u00a0Les Juifs ? Mais c&rsquo;est la ville la plus arabe que j&rsquo;aie jamais vue. Ce n&rsquo;est pas possible. Je dois r\u00eaver. \u00ab\u00a0Vous ne r\u00eavez pas. Attends, tu n&rsquo;as pas encore vu le meilleur\u00a0\u00bb.<br \/>\nSoudain, des jardins verdoyants remplis de fleurs et de palmiers s&rsquo;\u00e9tendent devant vous et, au-del\u00e0, des murs blancs. Vous pouvez d\u00e9j\u00e0 regarder \u00e0 droite ou \u00e0 gauche, les murs touchent l&rsquo;infini. Ils d\u00e9gagent une harmonie ineffable. Leurs pierres rivalisent de richesse picturale avec les nuages du ciel. Elles semblent faire partie d&rsquo;un \u00e9quilibre compliqu\u00e9 de rectangles parfaits&#8230; Suspendues dans les airs par de fins fils, chacune semble avoir une place pr\u00e9\u00e9tablie dans ce concert de sym\u00e9tries. Et l&rsquo;on peut marcher le long de leurs jupes sans y trouver la moindre tache, le moindre pli. Satin d&rsquo;un \u00e9clat constant, interrompu seulement par l&rsquo;incision majestueuse de sept portes. Les sept entr\u00e9es de la ville sacr\u00e9e.<br \/>\nLa plus splendide d&rsquo;entre elles, si l&rsquo;on peut d\u00e9signer un vainqueur parmi des choses toutes aussi belles les unes que les autres, est la Bab Alamut ou porte de Damas. \u00ab\u00a0Quand on la franchit, serr\u00e9 entre les hommes, et que l&rsquo;on entre dans la ville, avec ses rues \u00e9troites bord\u00e9es de boutiques et d&rsquo;\u00e9choppes de part et d&rsquo;autre, avec ses maisons basses et blanchies \u00e0 la chaux&#8230; n&rsquo;a-t-on pas l&rsquo;impression d&rsquo;entrer dans un parc d&rsquo;attractions ? Tant d&rsquo;agitation, de marchands ambulants, de fruits color\u00e9s, de l\u00e9gumes, de bonbons, de friandises et d&rsquo;autres marchandises vous absorbent&#8230; et absorb\u00e9 comme vous l&rsquo;\u00eates, il est facile de tr\u00e9bucher sur une marche et de tr\u00e9bucher, alors faites attention. Dans cette Cit\u00e9 des Tremplins, il n&rsquo;y a pas de voitures, pas de modernit\u00e9. Le temps ne s&rsquo;\u00e9coule pas&#8230; L&rsquo;\u00e2me, elle, vole\u00a0\u00bb.<br \/>\nVivre ici peut \u00eatre un paradis ou un enfer, selon qui vous \u00eates. Permettez-moi de vous en parler. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ces murs m\u00e9di\u00e9vaux, de nombreuses religions et races diff\u00e9rentes coexistent. Tout d&rsquo;abord, la ville est divis\u00e9e en deux parties, tout comme Berlin, la capitale de l&rsquo;Allemagne, l&rsquo;\u00e9tait entre la Seconde Guerre mondiale et la chute du communisme, et Qods est divis\u00e9e en quatre parties : une chr\u00e9tienne, une musulmane, une arm\u00e9nienne et une juive. En fl\u00e2nant dans ses rues, vous remarquez o\u00f9 \u00e7a sent l&rsquo;argent et o\u00f9 \u00e7a sent la pauvret\u00e9 ? Souvent, les maisons du quartier musulman sont d\u00e9truites comme par enchantement et le lendemain, un juif se pr\u00e9sente \u00e0 la porte pour acheter la maison &#8211; une fa\u00e7on ignoble de racheter la ville, vous ne trouvez pas ? J&rsquo;aimerais pouvoir \u00eatre plus juste et dire des choses merveilleuses sur les Juifs, mais&#8230; malheureusement, j&rsquo;ai pass\u00e9 trois jours \u00e0 me promener dans cette belle ville et \u00e0 parler \u00e0 ses habitants&#8230; et pour beaucoup d&rsquo;Arabes, elle est lentement devenue un enfer.<br \/>\nEt dire qu&rsquo;il s&rsquo;agit de deux peuples si semblables, dont les langues proviennent d&rsquo;une m\u00e8re commune, et qui \u00e9prouvent pourtant une telle haine mutuelle qu&rsquo;elle s&rsquo;insinue dans votre corps \u00e0 chaque bouff\u00e9e d&rsquo;air ! Il est triste que ces deux peuples aient en eux la m\u00eame pr\u00e9disposition \u00e0 la haine.<br \/>\nM\u00eame le fait de prier devant le m\u00eame mur ne les a pas rapproch\u00e9s. Si, lorsque nous prions, nous tirons des fl\u00e8ches de notre c\u0153ur vers le ciel et les dirigeons vers les divinit\u00e9s, qui sont th\u00e9oriquement l&rsquo;amour, alors les traces laiss\u00e9es par les fl\u00e8ches devraient \u00eatre des traces vibrantes d&rsquo;amour. Or, bien qu&rsquo;ils prient le m\u00eame Dieu sur le m\u00eame mur (car le Yahv\u00e9 juif est le m\u00eame Dieu que l&rsquo;Allah musulman et le Dieu chr\u00e9tien), leurs fl\u00e8ches semblent \u00eatre de lourdes pierres qui s&rsquo;\u00e9vitent, qui luttent pour ne pas se croiser, que&#8230;. Pourquoi agissent-elles ainsi ? Parce que sur cette belle Terre, celle de la Palestine historique, l&rsquo;Histoire, l&rsquo;Histoire avec une majuscule, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9form\u00e9e pour la priver de sa justice&#8230; Esp\u00e9rons que si la justice historique est d&rsquo;abord r\u00e9tablie, le m\u00eame Dieu de toutes ces religions s\u0153urs parviendra enfin \u00e0 les unir, et ne sera pas une nouvelle cause de discorde entre elles.<br \/>\nCertains, les juifs, pr\u00e9tendent que le mur devant lequel ils prient ou, semble-t-il, devant lequel ils se lamentent (car ils se tiennent debout, se balan\u00e7ant d&rsquo;avant en arri\u00e8re, tout en se frappant la t\u00eate contre lui en signe de p\u00e9nitence) est le dernier vestige de ce que les juifs pr\u00e9tendent \u00eatre le temple du roi Salomon.<br \/>\nMais, d&rsquo;une part, cette pauvre ville a \u00e9t\u00e9 ras\u00e9e deux fois depuis &#8211; par le Syrien Tiglathphalasar et le Romain Titus &#8211; et assi\u00e9g\u00e9e et mortellement bless\u00e9e \u00e0 d&rsquo;innombrables reprises. Comment croire que ce morceau de mur est l&rsquo;original ? Pourquoi le d\u00e9fendre jusqu&rsquo;\u00e0 la mort ? Un groupe de pierres vaut-il plus que la vie d&rsquo;\u00eatres humains ? Mais&#8230; et, d&rsquo;autre part, rien (en termes de fouilles arch\u00e9ologiques) et personne n&rsquo;a pu prouver, preuves irr\u00e9futables \u00e0 l&rsquo;appui, que Salomon a r\u00e9ellement v\u00e9cu l\u00e0&#8230; Personnellement, j&rsquo;accorde plus de cr\u00e9dibilit\u00e9 \u00e0 la th\u00e8se selon laquelle Salomon a v\u00e9cu (et l&rsquo;Ancien Testament s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9) \u00e0 Asir, l&rsquo;actuelle Arabie Saoudite.<br \/>\nLes autres, les musulmans, contr\u00f4lent la mosqu\u00e9e du Rocher, avec son magnifique d\u00f4me dor\u00e9, entour\u00e9e de jardins, deux fois moins grande que l&rsquo;ancienne J\u00e9rusalem, et entour\u00e9e de murs. L&rsquo;un de ces murs s&rsquo;appuie sur le mur des lamentations, mais il semble que leurs lamentations s&rsquo;\u00e9vitent mutuellement, sans jamais se rencontrer. Les musulmans affirment que cette magnifique mosqu\u00e9e, construite par Abu al-Malik en 691, repose sur la pierre d&rsquo;o\u00f9 Mahomet s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9 vers le ciel. C&rsquo;est donc, apr\u00e8s La Mecque et M\u00e9dine, le troisi\u00e8me lieu saint de l&rsquo;islam.<br \/>\nMais attention, Mahomet est mort en 632 dans ce qui est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;Arabie saoudite, tr\u00e8s loin de Qods. Et comment expliquer qu&rsquo;il ait fait tout ce chemin pour monter au ciel ? C&rsquo;est un peu un d\u00e9tour, non ? Je ne sais pas qui a le dessus en mati\u00e8re d&rsquo;inventivit\u00e9, les juifs ou les musulmans ?<br \/>\nMais attendez, je ne vous ai pas encore dit le plus beau. Dans la partie chr\u00e9tienne de la ville, toutes dans le m\u00eame style de belles maisons basses, \u00e0 un ou deux \u00e9tages, peintes en blanc, se trouve l&rsquo;\u00e9glise du Saint-S\u00e9pulcre. C&rsquo;est un autre t\u00e9moignage de ce que l&rsquo;imagination humaine peut cr\u00e9er, non seulement en raison du m\u00e9lange des religions, chacune revendiquant sa propre sup\u00e9riorit\u00e9, des Grecs orthodoxes aux Arm\u00e9niens, en passant par les Syriens orthodoxes, les catholiques et les p\u00e8res franciscains, chacun avec ses habitudes et ses soutanes diff\u00e9rentes, marquant sa touche de distinction particuli\u00e8re&#8230; mais aussi en raison de son architecture unique.<br \/>\nEn entrant sur la droite, des escaliers m\u00e8nent au premier \u00e9tage, dont on dit qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 construit sur le mont du Calvaire. On peut m\u00eame passer la main par un trou et toucher une veine de la roche d&rsquo;origine.<br \/>\nSi vous redescendez, revenez \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e et de l\u00e0, tournez \u00e0 gauche, vous arrivez dans une grande salle circulaire, au milieu de laquelle se trouve un tombeau. On dit que l&#8217;emplacement de ce tombeau co\u00efncide avec l&rsquo;endroit o\u00f9 J\u00e9sus a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9. Si vous vous souvenez de ce qui est dit dans la Bible, on l&rsquo;a descendu de la croix sur la montagne et on l&rsquo;a mis dans un s\u00e9pulcre-caverne au pied de la colline suivante. Conclusion : ils ont construit l&rsquo;\u00c9glise sur les deux collines, polissant les montagnes quand elles g\u00eanaient et les laissant quand c&rsquo;\u00e9tait int\u00e9ressant pour la m\u00e9moire digne de confiance de la post\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nD&rsquo;autres questions m&rsquo;\u00e9tonnent : comment savoir de quelles montagnes il s&rsquo;agissait et o\u00f9 elles se trouvaient ? Pourquoi les charger et construire \u00e0 leur place un temple aussi artificiel, o\u00f9 chaque culte vend ses croyances comme les vraies et les seules ? N&rsquo;est-ce pas J\u00e9sus qui, dit-on, a chass\u00e9 les marchands du temple, en disant que dans la maison de son p\u00e8re il n&rsquo;y avait pas de commerce ?<br \/>\nJe ne doute pas que Salomon, Mahomet ou J\u00e9sus aient \u00e9t\u00e9 des \u00eatres de lumi\u00e8re, des \u00eatres merveilleux, oints de la lumi\u00e8re divine de Dieu, mais mon c\u0153ur se serre quand je vois que des hommes sont incapables de se consid\u00e9rer comme les enfants d&rsquo;un m\u00eame Dieu et qu&rsquo;ils se battent \u00e0 mort pour d\u00e9fendre leur propre part de r\u00e9alit\u00e9. Comme si leur vision du monde \u00e9tait la seule vraie&#8230; Alors qu&rsquo;en fin de compte, seule l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re peut percevoir la totalit\u00e9 de la divinit\u00e9&#8230; Votre petit morceau de divinit\u00e9, plus le mien, plus celui de l&rsquo;autre, plus celui de l&rsquo;au-del\u00e0, qu&rsquo;il soit chr\u00e9tien, juif, musulman, ath\u00e9e ou agnostique (comme moi) ; seule la somme de tous ces petits morceaux peut nous montrer le vrai visage de Dieu.<br \/>\nD\u00e9tendez vos membres&#8230; respirez profond\u00e9ment&#8230; imaginez une fum\u00e9e bleue qui entre par la plante de vos pieds et qui, \u00e0 chaque inspiration, monte progressivement dans votre corps, le purifiant et \u00e9liminant toute tension qui pourrait s&rsquo;y trouver&#8230; Lorsque vous avez nettoy\u00e9 tout votre corps, essayez de garder cette sensation d&rsquo;\u00eatre envelopp\u00e9 dans une bulle bleue&#8230;<br \/>\nMaintenant, concentrez-vous&#8230; La concentration est le seul instrument dont nous disposons pour d\u00e9tendre l&rsquo;esprit&#8230; Ancrez le bateau de vos pens\u00e9es \u00e0 votre c\u0153ur&#8230; \u00c9coutez et sentez les battements de votre c\u0153ur jusqu&rsquo;\u00e0 ce que vous fusionniez avec lui&#8230; Gardez votre esprit ancr\u00e9 l\u00e0, ne le laissez pas d\u00e9river ; s&rsquo;il fait naufrage, remettez-le \u00e0 flot&#8230;.<br \/>\nUne fois que nous avons lib\u00e9r\u00e9 notre \u00eatre des tensions de notre corps et des errances de notre esprit, et que tous deux sont au repos, nous pouvons essayer de laisser notre \u00e2me quitter le corps \u00e0 la recherche de l&rsquo;Infini&#8230;. M\u00e9ditons donc&#8230;<br \/>\nEs-tu venu rejoindre Dieu dans ta m\u00e9ditation ? Et qu&rsquo;il vous a murmur\u00e9 tendrement \u00e0 l&rsquo;oreille qu&rsquo;il est possible de s&rsquo;unir \u00e0 lui o\u00f9 que vous soyez sur la surface de cette terre. Dieu, le Sacr\u00e9, le Divin, la Terre-M\u00e8re ou Pachamama, l&rsquo;Ineffable, ne sont pas seulement dans cette \u00c9glise ou pr\u00e8s de ce Mur, ils sont d&rsquo;abord dans l&rsquo;\u00e2me de chaque \u00eatre humain et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il faut apprendre \u00e0 chercher leur pr\u00e9sence.<br \/>\nViens, donne-moi encore la main, volons. Maintenant que nous nous \u00e9levons au-dessus des toits de Qods, nous pouvons clairement voir ses magnifiques b\u00e2timents monochromes&#8230;.. Le blanc est le roi de cette ville. Vous avez remarqu\u00e9 que les murs de la ville forment un cercle presque parfait ? L\u00e0, au nord, se trouve la porte par laquelle nous sommes entr\u00e9s, la Bab Alamut. En tournant dans le sens des aiguilles d&rsquo;une montre, au pied des murailles orientales se trouvent les pentes du mont des Oliviers ?<br \/>\nLa vue d&rsquo;ici n&rsquo;est-elle pas magnifique, avec au premier plan la coupole dor\u00e9e de la Mosqu\u00e9e du Rocher et derri\u00e8re elle, le reste de la ville&#8230; une myriade de points blancs&#8230; As-tu vu le nombre d&rsquo;oliviers qu&rsquo;il y a ? On dit que J\u00e9sus a pass\u00e9 ses derni\u00e8res heures avant d&rsquo;\u00eatre ex\u00e9cut\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celui-ci.<br \/>\nVous voyez cette \u00e9norme route qui longe la partie ouest du mur et qui continue tout droit jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle se perde dans l&rsquo;horizon ? C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle la ligne verte, la ligne qui, comme le mur de Berlin dont j&rsquo;ai parl\u00e9 plus haut, s\u00e9pare les bons des m\u00e9chants. \u00c0 droite, le c\u00f4t\u00e9 palestinien ; \u00e0 gauche, le c\u00f4t\u00e9 isra\u00e9lien. Depuis qu&rsquo;Isra\u00ebl a d\u00e9clar\u00e9 J\u00e9rusalem capitale de son \u00c9tat en 1980 et annex\u00e9 Qods, J\u00e9rusalem-Est (une annexion qui contrevenait et continue de contrevenir au droit international), cette s\u00e9paration physique n&rsquo;existe plus.<br \/>\nN\u00e9anmoins, des mondes les s\u00e9parent encore. Bien que tous les panneaux soient d\u00e9sormais \u00e9crits en h\u00e9breu, m\u00eame dans la partie musulmane, l&rsquo;ensemble de J\u00e9rusalem-Est, toutes ces rues \u00e9troites que l&rsquo;on traverse en entrant dans la ville et qui entourent l&rsquo;enceinte fortifi\u00e9e, sont indubitablement arabes. J\u00e9rusalem-Ouest, la partie isra\u00e9lienne, bien qu&rsquo;elle soit elle-m\u00eame un oc\u00e9an de contrastes, surtout \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, conserve toujours la touche inimitable de la sobri\u00e9t\u00e9 juive.<br \/>\nAvec les premiers rayons sombres de la nuit, J\u00e9rusalem-Est meurt, ses rues deviennent des mers de noirceur, tandis que J\u00e9rusalem-Ouest commence \u00e0 revivre. Dans le centre, toutes les rues commer\u00e7antes sont \u00e9clair\u00e9es. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 du centre, dans le Russian Compound, le quartier de la vie nocturne de la ville, d&rsquo;immenses foules de jeunes gens se rassemblent. Comme dans n&rsquo;importe quel autre lieu de f\u00eate en Occident, mais habill\u00e9s de fa\u00e7on si extravagante qu&rsquo;on se croirait au carnaval.<br \/>\nDans une autre partie de la ville, \u00e9galement tr\u00e8s proche du centre, se trouve Mea Sharim, le quartier juif orthodoxe. C&rsquo;est un v\u00e9ritable spectacle que de se promener dans ses rues \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit. Elles sont pleines d&rsquo;hommes, tous v\u00eatus de noir, avec leurs chapeaux noirs en forme de bassin et ces deux boucles de cheveux qui pendent et couvrent les deux oreilles&#8230; Et leurs femmes, compl\u00e8tement couvertes&#8230; Elles doivent m\u00eame porter des bas en plein \u00e9t\u00e9&#8230; C&rsquo;est impressionnant&#8230; On dirait des fant\u00f4mes dans la nuit.<br \/>\nComme il est difficile de r\u00e9concilier deux mondes apparemment inconciliables, surtout quand il y a tant d&rsquo;int\u00e9r\u00eats en Occident pour que ces deux mondes ne se r\u00e9concilient jamais&#8230; et comme il serait facile de les r\u00e9concilier avec l&rsquo;amour dans le c\u0153ur et la l\u00e9galit\u00e9 internationale et la justice historique dans l&rsquo;esprit !<br \/>\nLa Cisjordanie est appel\u00e9e en arabe Daffa algarba : la Cisjordanie. Cette terre, situ\u00e9e sur la rive occidentale du Jourdain, s&rsquo;\u00e9tend en un haut plateau jusqu&rsquo;\u00e0 une quarantaine de kilom\u00e8tres de la mer, o\u00f9 elle descend en pente douce. Qods\/J\u00e9rusalem ressemble \u00e0 une goutte d&rsquo;eau p\u00e9n\u00e9trant ce plateau.<br \/>\nUn matin, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de visiter Bethl\u00e9em, en arabe Baitallahem, un nom qui signifie la maison du pain, une petite et belle ville palestinienne situ\u00e9e au sommet et sur la pente d&rsquo;une montagne \u00e0 quelques kilom\u00e8tres au sud de Quds\/J\u00e9rusalem et faisant partie de la Cisjordanie occup\u00e9e. Une petite ville charmante avec ses maisons blanchies \u00e0 la chaux et sa grande \u00e9glise qui domine tous les toits. Sur le chemin du retour vers Quds\/J\u00e9rusalem, point de contr\u00f4le de la police sur la route. Inspection in\u00e9luctable de chaque v\u00e9hicule et de chaque personne.<br \/>\nL&rsquo;apr\u00e8s-midi, j&rsquo;ai pris la direction du nord, vers la Cisjordanie. D\u00e8s que j&rsquo;ai quitt\u00e9 J\u00e9rusalem, la mont\u00e9e commence. \u00c0 chaque virage, la vue devient plus spectaculaire&#8230;. Au pied d&rsquo;une pierre pr\u00e9cieuse qui s&rsquo;estompe dans les couleurs de l&rsquo;apr\u00e8s-midi jusqu&rsquo;\u00e0 devenir un minuscule point dans l&rsquo;infini. La route serpente le long du plateau de Cisjordanie jusqu&rsquo;\u00e0 Ramallah, une autre belle ville palestinienne, toute de blanc v\u00eatue.<br \/>\nJe me demande pourquoi elle s&rsquo;appelle Ramallah, ou ce qui revient au m\u00eame : Dieu s&rsquo;est inclin\u00e9. Peut-\u00eatre parce qu&rsquo;elle est situ\u00e9e au bord du plateau et que, devant elle, la terre se prosterne, se courbe et se penche vers la mer. Les soirs de beau temps, si l&rsquo;on regarde vers l&rsquo;ouest depuis ses collines, on peut apercevoir des parcelles de mer \u00e0 travers la brume.<br \/>\nRamallah est le centre politique et universitaire palestinien et abrite de nombreuses familles palestiniennes bien \u00e9tablies, ainsi que de nombreuses personnes qui vivent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger et ne l&rsquo;utilisent que comme r\u00e9sidence d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Dans cette petite ville perdue de Cisjordanie, j&rsquo;ai vu les plus luxueuses demeures que j&rsquo;aie jamais vues de ma vie et j&rsquo;ai rencontr\u00e9 un couple palestinien, chez qui j&rsquo;ai s\u00e9journ\u00e9, qui est l&rsquo;une des personnes les plus charmantes que cette terre m&rsquo;ait donn\u00e9es. Comme elle m&rsquo;a trait\u00e9e avec tendresse ! En quelques heures, nous sommes devenues des \u00e2mes s\u0153urs.<\/p>\n<h1><span class=\"ez-toc-section\" id=\"vii_les_fleurs_de_la_mediterranee\"><\/span><strong>VII. Les fleurs de la M\u00e9diterran\u00e9e<\/strong><span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n<p>Si nous sautons dans le vide depuis les collines de Ramallah avec une perche en caoutchouc en direction de la mer, nous atterrissons sur les rives de la mer dans une mer de contrastes. Je veux parler de Tel Aviv et de Jaffa, situ\u00e9es c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sur les rives de la M\u00e9diterran\u00e9e. <strong>Tel Aviv<\/strong>, seule capitale d&rsquo;Isra\u00ebl reconnue \u00e0 ce jour par la quasi-totalit\u00e9 de la communaut\u00e9 internationale, ville moderne, avec ses immeubles \u00e0 \u00e9tages, ses centres commerciaux, ses bons restaurants, d\u00e9file parall\u00e8lement \u00e0 une longue plage. Jaffa, l&rsquo;ancienne ville portuaire palestinienne, avec ses maisons basses blanchies \u00e0 la chaux sur une colline surplombant le port, ressemble \u00e0 un crochet argent\u00e9 qui s&rsquo;avance dans la mer.<br \/>\nLe quartier de <strong>Jaffa<\/strong> qui fait face \u00e0 Isra\u00ebl est devenu un quartier boh\u00e8me tr\u00e8s pris\u00e9 o\u00f9 la cr\u00e8me des artistes juifs s&rsquo;est r\u00e9fugi\u00e9e pour trouver l&rsquo;inspiration. La vue est si belle qu&rsquo;ils sont s\u00fbrs de la trouver. Mais d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9&#8230; Combien de familles palestiniennes avez-vous rencontr\u00e9es qui ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9es d&rsquo;ici et rel\u00e9gu\u00e9es dans des camps de r\u00e9fugi\u00e9s et pour qui cette vue restera \u00e0 jamais ce crochet rouill\u00e9 avec lequel elles se piqueront chaque fois qu&rsquo;elles oseront ouvrir leur botte de souvenirs !<br \/>\nPour aller \u00e0 <strong>Gaza<\/strong>, j&rsquo;ai d\u00fb retourner \u00e0 J\u00e9rusalem et de l\u00e0, je suis parti dans la voiture officielle de l&rsquo;ambassade d&rsquo;Espagne, avec les drapeaux et tout le reste, et avec les voitures de police qui nous ouvraient la voie. Le consul \u00e9tait un ami et, profitant du fait qu&rsquo;il devait rendre visite \u00e0 Arafat, il m&rsquo;a emmen\u00e9 l\u00e0-bas. Mais puisque nous sommes \u00e0 Jaffa au bord de la mer, pour ne pas vous faire faire un d\u00e9tour, imaginez que nous nous asseyons sur une vague et que les eaux nous emportent vers la mer jusqu&rsquo;\u00e0 ce que nous soyons soigneusement d\u00e9pos\u00e9s sur le sable immacul\u00e9 des belles plages de Gaza.<br \/>\nVous savez, j&rsquo;ai vu le monde, mais je crois que je n&rsquo;ai jamais vu d&rsquo;aussi belles plages. Entre le fait qu&rsquo;en raison de leurs traditions (et \u00e0 Gaza, ils sont extr\u00eamement attach\u00e9s \u00e0 leurs traditions), ils ne se baignent pas et qu&rsquo;en raison de l&rsquo;Intifada, ils n&rsquo;ont pas pu mettre les pieds sur la plage depuis des ann\u00e9es, leur sable est de l&rsquo;or pur &#8211; ils font m\u00eame pousser des fleurs au milieu du sable !<br \/>\nLa bande de Gaza, Kitaa Gazza, est un minuscule territoire d&rsquo;environ quarante kilom\u00e8tres de long et douze kilom\u00e8tres de large, aussi vert et fleuri que la Vega Baja d&rsquo;Alicante. Ses trois villes, toutes trois bordant la mer, sont du nord au sud : la capitale Gaza, Khan Younis et Rafah, qui borde le Sina\u00ef \u00e9gyptien (le cercle se referme peu \u00e0 peu), bien que la bande elle-m\u00eame soit divis\u00e9e en cinq gouvernorats (Gaza Nord, Gaza, Deir el-Balah, Khan Younis et Rafah).<br \/>\nIl est curieux qu&rsquo;il s&rsquo;agisse en principe de l&rsquo;un des endroits les plus dens\u00e9ment peupl\u00e9s de la plan\u00e8te (pr\u00e8s de 2 000 habitants au kilom\u00e8tre carr\u00e9), et pourtant, lorsque vous marchez le long de ses routes, vos yeux ne per\u00e7oivent que des champs irrigu\u00e9s, des vergers et des serres. \u00ab\u00a0Et les \u00eatres humains, o\u00f9 sont-ils ?<br \/>\nEntass\u00e9s dans des camps de r\u00e9fugi\u00e9s. Au nord de la capitale Gaza, il y en a deux : Shati, c\u00f4tier, au bord de la mer, et Jabalia, montagneux, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des terres ; \u00e0 Khan Younis, un autre, immense ; et Rafah a \u00e9t\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but, depuis sa cr\u00e9ation en 1949 pour s&rsquo;occuper des 41 000 r\u00e9fugi\u00e9s de la premi\u00e8re guerre isra\u00e9lo-arabe, un camp de r\u00e9fugi\u00e9s.<br \/>\n\u00c0 Khan Younis, j&rsquo;ai v\u00e9cu quelque temps avec Ismail Elfaqawi, un ami tr\u00e8s cher que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 en 1992, alors que j&rsquo;\u00e9tais \u00e9tudiant en cinqui\u00e8me ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9conomie et qu&rsquo;il pr\u00e9parait une ma\u00eetrise en litt\u00e9rature anglaise, le tout \u00e0 \u00c9dimbourg, en \u00c9cosse. Pendant l&rsquo;ann\u00e9e o\u00f9 Ismail \u00e9tait absent, sa fougueuse \u00e9pouse, Um Wisam, s&rsquo;est occup\u00e9e des huit enfants de cette merveilleuse famille : Hanan, l&rsquo;a\u00een\u00e9e, qui avait presque mon \u00e2ge ; Wisam ; Afaf ; Meisoon ; Mahmoud ; Sharaf ; Muhammed ; et la petite Rajaa.<br \/>\nIl est difficile de voir que presque toutes les familles de huit, dix ou douze enfants vivent dans de petites maisons avec deux pi\u00e8ces, un salon et une cuisine. Le luxe occidental d&rsquo;une chambre pour chaque fils ou fille est impensable ici. L&rsquo;Intifada a construit un mur g\u00e9ant de ciment et de silence autour de Gaza. Sept ann\u00e9es d&rsquo;isolement ont contraint les habitants \u00e0 chercher les clous, aussi chauds soient-ils, auxquels s&rsquo;accrocher pour survivre. Et quel refuge pour l&rsquo;\u00eatre humain quand la vie est \u00e9touffante, si ce n&rsquo;est Dieu ! Ce qui est triste, c&rsquo;est que ces pauvres \u00eatres qui, dans leur recherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de Dieu, ont \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9s par l&rsquo;establishment religieux. La loi islamique est revenue \u00e0 Gaza et, avec elle, le fanatisme dans sa forme la plus virulente. Alors qu&rsquo;il y a huit ans, les femmes pouvaient s&rsquo;habiller comme elles le souhaitaient, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est le retour \u00e0 l&rsquo;enfer. M\u00eame si je portais un voile et une jupe qui descendait jusqu&rsquo;aux chevilles, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 verbalement lapid\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ahurissement simplement parce que je portais une chemise qui descendait jusqu&rsquo;aux coudes.<br \/>\nMais cela ne m&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9e d&rsquo;\u00eatre extr\u00eamement heureuse du temps que j&rsquo;ai pass\u00e9 avec la grande famille Elfaqawi. Nous sommes m\u00eame all\u00e9s \u00e0 la plage avec Hanan et je lui enseignais le yoga&#8230; Quelle intense sensation de bonheur total quand on combine le bien-\u00eatre du corps par le yoga avec le bien-\u00eatre de l&rsquo;\u00e2me par une belle amiti\u00e9 et de beaux paysages !<br \/>\nMoi, malgr\u00e9 toutes les douleurs et malgr\u00e9 le fait que l&rsquo;Occident a investi des milliards pour tuer dans l&rsquo;\u0153uf les mouvements d\u00e9mocratiques arabes et a nourri \u00e0 la fois l&rsquo;extr\u00e9misme islamiste et les r\u00e9gimes, monarchiques et r\u00e9publicains, corrompus et tr\u00e8s peu d\u00e9mocratiques, je continue, \u00e0 proprement parler, \u00e0 dire au monde que les peuples arabes ont de la lumi\u00e8re dans l&rsquo;\u00e2me&#8230;..<br \/>\nJ&rsquo;ai rencontr\u00e9 tant de gens merveilleux, capables de donner beaucoup, de partager leur dernier cro\u00fbton de pain sans rien demander en retour, de vous ouvrir les portes de leurs maisons et les volets de leurs \u00e2mes en toute sinc\u00e9rit\u00e9, pr\u00eats \u00e0 tout donner pour un \u00e9tranger, et \u00e0 tout donner pour vous quand vous \u00eates d\u00e9j\u00e0 leur ami, une amiti\u00e9 qui avance vite et sur des bases solides ? De m\u00eame, et contrairement \u00e0 l&rsquo;opinion g\u00e9n\u00e9rale, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 de nombreuses personnes instruites, dot\u00e9es d&rsquo;une infinie lucidit\u00e9 mentale et capables d&rsquo;exposer les maux de leur soci\u00e9t\u00e9 et leurs causes en toute objectivit\u00e9&#8230; J&rsquo;ai senti mon \u00e2me vibrer d&rsquo;un bonheur sans limite&#8230;. Et, bien que j&rsquo;aie voulu vous laisser mes sourires, mes pens\u00e9es pleines d&rsquo;amour et d&rsquo;une \u00e9norme affection, je crois que j&rsquo;ai apport\u00e9 avec moi beaucoup plus que ce que je vous ai donn\u00e9.<br \/>\nComme je vous l&rsquo;ai dit, le cercle se referme. Apr\u00e8s avoir convaincu les gardes-fronti\u00e8res de Raffah, qui ne voulaient pas me laisser passer en \u00c9gypte parce que je n&rsquo;avais pas de visa, j&rsquo;ai long\u00e9 la mer, avec ses fantastiques palmeraies, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que je traverse le canal de Suez en ferry et que j&rsquo;arrive \u00e0 Alkahira. La proph\u00e9tie s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;avion s&rsquo;\u00e9levait lentement au-dessus du Caire. Le soleil de midi brillait dans le ciel. Au d\u00e9but, on ne voyait que le b\u00e9ton de la ville. Peu \u00e0 peu, on aper\u00e7oit le verger vert de l&rsquo;estuaire du Nil, la derni\u00e8re partie de cette mince bande de verdure qui accompagne le fleuve tout au long de son parcours. Tout n&rsquo;\u00e9tait que taches de couleur, les taches bleues de la mer, les taches vertes des vergers et au-del\u00e0, le n\u00e9ant, un n\u00e9ant infini et ocre.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9cit d&rsquo;un voyage que j&rsquo;ai effectu\u00e9 au Moyen-Orient (Egypte, Jordanie, Palestine et Isra\u00ebl) en 1994.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":18100,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[216],"tags":[],"class_list":["post-15276","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-moncontes-fr"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15276","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15276"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15276\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18100"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15276"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15276"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15276"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}