{"id":19552,"date":"1994-12-10T18:54:06","date_gmt":"1994-12-10T17:54:06","guid":{"rendered":"https:\/\/mongonzalez.es\/?p=19552"},"modified":"2026-07-26T19:21:23","modified_gmt":"2026-07-26T17:21:23","slug":"lile-damour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/lile-damour\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00cele d\u2019Amour"},"content":{"rendered":"<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_85 ez-toc-grey ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">LISTE DES \u00c9TAPES<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><a href=\"#\" class=\"ez-toc-pull-right ez-toc-btn ez-toc-btn-xs ez-toc-btn-default ez-toc-toggle\" aria-label=\"Toggle Table of Content\"><span class=\"ez-toc-js-icon-con\"><span class=\"\"><span class=\"eztoc-hide\" style=\"display:none;\">Toggle<\/span><span class=\"ez-toc-icon-toggle-span\"><svg style=\"fill: #999;color:#999\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" class=\"list-377408\" width=\"20px\" height=\"20px\" viewBox=\"0 0 24 24\" fill=\"none\"><path d=\"M6 6H4v2h2V6zm14 0H8v2h12V6zM4 11h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2zM4 16h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2z\" fill=\"currentColor\"><\/path><\/svg><svg style=\"fill: #999;color:#999\" class=\"arrow-unsorted-368013\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" width=\"10px\" height=\"10px\" viewBox=\"0 0 24 24\" version=\"1.2\" baseProfile=\"tiny\"><path d=\"M18.2 9.3l-6.2-6.3-6.2 6.3c-.2.2-.3.4-.3.7s.1.5.3.7c.2.2.4.3.7.3h11c.3 0 .5-.1.7-.3.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7zM5.8 14.7l6.2 6.3 6.2-6.3c.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7c-.2-.2-.4-.3-.7-.3h-11c-.3 0-.5.1-.7.3-.2.2-.3.5-.3.7s.1.5.3.7z\"\/><\/svg><\/span><\/span><\/span><\/a><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1 ' ><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/lile-damour\/#i_arrivee_au_pays_de_la_lumiere\" >I. Arriv\u00e9e au pays de la lumi\u00e8re<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-2\" href=\"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/lile-damour\/#ii_un_premier_contact\" >II. Un premier contact<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-3\" href=\"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/lile-damour\/#iii_la_reunion_des_ames_haletantes\" >III. La r\u00e9union des \u00e2mes haletantes<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-4\" href=\"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/lile-damour\/#iv_la_fusion_des_feux_sacres\" >IV. La fusion des feux sacr\u00e9s<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-5\" href=\"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/lile-damour\/#v_le_debut_des_adieux_a_cause_de_linterdit\" >V. Le d\u00e9but des Adieux \u00e0 cause de l&rsquo;Interdit<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-6\" href=\"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/lile-damour\/#vi_le_a_bientot_serein\" >VI. Le \u00c0 bient\u00f4t Serein<\/a><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n<p style=\"text-align: right;\">Pour que dans la vie des \u00eatres humains le r\u00e9el et le fantastique trouvent une symbiose parfaite<\/p>\n<h1><span class=\"ez-toc-section\" id=\"i_arrivee_au_pays_de_la_lumiere\"><\/span><strong>I. Arriv\u00e9e au pays de la lumi\u00e8re<\/strong><span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n<p>Saman\u00e1 sort de la salle de bains, entre dans sa chambre et se met au lit. Le d\u00eener copieux l&#8217;emp\u00eache de s&rsquo;endormir. Elle se tourna et se retourna un moment, pelotonn\u00e9e sous sa lourde couette, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;enfin son \u00eatre quitte son corps et se dirige vers le Royaume des Cieux.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Elle s&rsquo;envola en avion vers l&rsquo;ouest. Elle laissait la vieille Europe derri\u00e8re pour le Nouveau Monde. Au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;avion avan\u00e7ait, l&rsquo;aube se levait sur les lieux o\u00f9 il passait. On aurait dit que l&rsquo;avion r\u00e9pandait une nappe de lumi\u00e8re sur la mer et sur la terre. Avec un peu d&rsquo;imagination, on pouvait m\u00eame voir l&rsquo;ombre projet\u00e9e par l&rsquo;avion comme l&rsquo;avant-garde du jour.<\/p>\n<p>En bas, l&rsquo;Atlantique montrait ses eaux agit\u00e9es, une succession infinie de vagues agit\u00e9es, un oc\u00e9an de taches blanches. De temps \u00e0 autre, des groupes de nuages aux teintes vari\u00e9es s&rsquo;\u00e9lan\u00e7aient \u00e0 la rencontre du jour. Certains \u00e9taient fins, translucides, presque invisibles ; d&rsquo;autres, \u00e9normes, se dressaient dans le ciel, montrant dans la magnificence de leur graisse de rares sculptures.<\/p>\n<p>Alors qu&rsquo;elle survole les Bermudes, les nuages forment un \u00e9pais front commun, lui cachant la vue de l&rsquo;archipel maudit. \u00ab\u00a0Ce serait bien d&rsquo;\u00eatre englouti par les forces de la nature et de passer dans la quatri\u00e8me dimension\u00a0\u00bb, pensa Samana, mais l&rsquo;aspirateur g\u00e9ant du Triangle \u00e9tait peut-\u00eatre cass\u00e9 ou simplement d\u00e9branch\u00e9 et ne fonctionnait pas.<\/p>\n<p>Un peu plus tard, la terre de son destin se dessine devant ses yeux, au loin : la belle \u00eele d&rsquo;Hispaniola. Une \u00eele que Christophe Colomb a d\u00e9crite dans son journal comme le plus bel endroit que ses yeux de navigateur fatigu\u00e9 aient jamais vu.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, l&rsquo;avion descend, s&rsquo;enfon\u00e7ant dans la mer de verdure.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Il y a des si\u00e8cles, peut-\u00eatre des mill\u00e9naires ou des \u00e9ons, j&rsquo;ai habit\u00e9 cette terre. J&rsquo;\u00e9tais alors une jeune fille Taino, membre de ce peuple d&rsquo;Indiens pacifiques qui gardaient cette \u00eele avant l&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;homme blanc. Nous appelions cette \u00eele Ayit\u00ed, la terre montagneuse. Mon p\u00e8re \u00e9tait un grand pr\u00eatre, initi\u00e9 aux grands myst\u00e8res de l&rsquo;au-del\u00e0. Je n&rsquo;avais pas de fr\u00e8res et s\u0153urs et mon p\u00e8re m&rsquo;a demand\u00e9 de suivre ses traces. Lors de mon bapt\u00eame de lumi\u00e8re, j&rsquo;ai re\u00e7u le nom de Samana. Tout au long de ma vie, il n&rsquo;y a eu qu&rsquo;une seule trag\u00e9die : mon amour a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9 par les vagues lors d&rsquo;une terrible temp\u00eate.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, je reviens sur mon \u00eele sous les traits d&rsquo;une jeune fille europ\u00e9enne, d&rsquo;une habitante du Vieux Continent. J&rsquo;ai suivi les \u00e9tapes normales d&rsquo;une personne de mon \u00e2ge : j&rsquo;ai grandi, j&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9, j&rsquo;ai obtenu un dipl\u00f4me en \u00e9conomie et je travaille pour une banque de d\u00e9veloppement. Mais bien que tout cela fasse partie de ma vie ext\u00e9rieure, dans mon monde int\u00e9rieur, je suis toujours Saman\u00e1. Et bien qu&rsquo;apparemment je vienne ici pour la premi\u00e8re fois dans ma vie pour des raisons professionnelles, je sais que le but de mon retour est diff\u00e9rent, car il est \u00e9crit que je dois chercher, parmi les d\u00e9bris de ce naufrage, la personne qui doit m&rsquo;aimer.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;avion se rapprochait de plus en plus du sol. On voyait les cha\u00eenes de montagnes, les rivi\u00e8res, les palmiers&#8230; les toits de t\u00f4le des banlieues, les diff\u00e9rents v\u00e9hicules&#8230; Il atterrit. Saman\u00e1 sortit de l&rsquo;avion, perdue dans la foule des touristes qui s&rsquo;appr\u00eataient \u00e0 occuper banalement leurs jours de repos. Elle descendit les marches de l&rsquo;avion. Elle posa le pied sur le sol. Un frisson rapide la parcourut. Elle \u00e9tait de retour.<\/p>\n<p>En attendant que sa petite valise soit d\u00e9pos\u00e9e sur le tapis roulant, elle observait les mouvements des gens. \u00ab\u00a0Quelle vari\u00e9t\u00e9 de teintes de peau ils ont tous ! \u00ab\u00a0. Elle \u00e9tait tellement absorb\u00e9e par ses pens\u00e9es qu&rsquo;elle ne remarqua pas qu&rsquo;un gar\u00e7on s&rsquo;approchait d&rsquo;elle. \u00ab\u00a0Voulez-vous que je vous aide \u00e0 porter vos bagages, Mademoiselle ? \u00a0\u00bb Samana se retourna en sursaut, le regarda et, apr\u00e8s avoir r\u00e9ussi \u00e0 comprendre o\u00f9 elle se trouvait et ce qu&rsquo;on attendait d&rsquo;elle, pronon\u00e7a un \u00ab\u00a0Non, merci\u00a0\u00bb presque inaudible, tout en essayant d&rsquo;estomper un sourire sur ses l\u00e8vres. \u00ab\u00a0Essaie de rester \u00e9veill\u00e9e \u00e0 partir de maintenant\u00a0\u00bb, fut la r\u00e9primande que son esprit laissa \u00e9chapper.<\/p>\n<p>Elle quitta l&rsquo;a\u00e9roport. Elle \u00e9tait venue analyser un projet d&rsquo;investissement pour une entreprise locale qui souhaitait d\u00e9velopper ses activit\u00e9s. L&rsquo;entreprise lui avait dit qu&rsquo;elle viendrait la chercher. Elle scruta la foule mass\u00e9e autour de la rampe de sortie, mais n&rsquo;identifia aucun signe, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que \u00ab\u00a0Ah ! l\u00e0\u00a0\u00bb&#8230; il y avait un homme \u00e2g\u00e9 au teint sombre qui tenait une petite pancarte sur laquelle est \u00e9crit \u00ab\u00a0Marevol\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Vous \u00eates de la soci\u00e9t\u00e9 Marevol ?\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Oui, madame\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Je suis Saman\u00e1 D\u00edaz\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0J&rsquo;\u00e9tais en train de partir, madame, je pensais que vous ne viendriez pas\u00a0\u00bb. Le petit homme prend sa valise et se dirige vers le parking. Saman\u00e1 le suit. \u00ab\u00a0Attendez ici, madame, j&rsquo;ai oubli\u00e9 o\u00f9 j&rsquo;ai laiss\u00e9 la voiture et je ne la vois pas\u00a0\u00bb. Samana n&rsquo;a d&rsquo;autre choix que d&rsquo;attendre, sous le soleil br\u00fblant des Cara\u00efbes, que le chauffeur trouve la voiture. Apr\u00e8s un court moment d&rsquo;attente, elle fouille dans son sac \u00e0 main pour trouver un mouchoir qu&rsquo;elle noue autour de sa t\u00eate. \u00ab\u00a0Au moins, tu \u00e9viteras l&rsquo;insolation\u00a0\u00bb, se dit-elle. Soudain, le chauffeur passe en trombe avec une expression de bonheur infini sur le visage : \u00ab\u00a0Je l&rsquo;ai vu, madame, c&rsquo;est l\u00e0\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La voiture, moderne et confortable, d\u00e9marra. La route longe la mer, les belles Cara\u00efbes, vers la ville. \u00ab\u00a0Quel est votre nom ?\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Manuel, madame\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0\u00cates-vous de Saint-Domingue ?\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Oui, madame, je viens de la capitale. Mais nous, ceux de la capitale, nous sommes tr\u00e8s noirs et tr\u00e8s laids\u00a0\u00bb. \u00c0 droite, il y avait toutes ces mis\u00e9rables cabanes color\u00e9es dont elle avait d\u00e9j\u00e0 vu les tristes toits de t\u00f4le depuis l&rsquo;avion. Au fond d&rsquo;elle, elle est choqu\u00e9 de voir tant de pauvret\u00e9 d&rsquo;un seul coup. Mais le bavardage anim\u00e9 du chauffeur l&#8217;emp\u00eache de sombrer dans un oc\u00e9an de r\u00e9flexions. \u00ab\u00a0Ils m&rsquo;ont dit que vous \u00e9tiez am\u00e9ricaine et que je ne vous comprendrais pas. Mais je vous comprends. Vous n&rsquo;\u00eates pas am\u00e9ricain, n&rsquo;est-ce pas ?\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Non, je suis espagnole\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Espagnole. Comme c&rsquo;est gentil ! Regardez, c&rsquo;est le pont de Juan Carlos, quand il \u00e9tait ici avec sa femme&#8230;. Comment sont ces gens l\u00e0 ?\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Qui ? Les rois ? Je suppose qu&rsquo;ils vont bien.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Ils sont millionnaires, n&rsquo;est-ce pas ?\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Ce sont des rois et ils ont de l&rsquo;argent\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Vous n&rsquo;avez pas de pr\u00e9sident, n&rsquo;est-ce pas ?\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Non\u00a0\u00bb. Cette fois, c&rsquo;est Samana qui attaque : \u00ab\u00a0Vous \u00eates content de Balaguer ?\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Balaguer \u00e9tait bien les deux premi\u00e8res fois, mais plus maintenant\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Il est aveugle, n&rsquo;est-ce pas ?\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Il est tout\u00a0\u00bb, r\u00e9pond Manuel, qui laisse \u00e9chapper un long rire.<\/p>\n<p>Ils travers\u00e8rent le pont qui enjambe la rivi\u00e8re Ozama, celle-l\u00e0 m\u00eame sur laquelle le fils de Christophe Colomb amarrait son navire au retour de ses longs voyages dans les Antilles, pour gravir les marches qui menaient \u00e0 sa majestueuse demeure de vice-roi de l&rsquo;\u00eele. Ils contournent la ville coloniale et se poursuivent le long du Malec\u00f3n. Saint-Domingue n&rsquo;a pas de plage, mais elle poss\u00e8de une tr\u00e8s longue promenade construite sur les rochers, qui se dresse comme un belv\u00e9d\u00e8re naturel sur la mer, pleine de palmiers, d&rsquo;amandiers, de stands de musique et de gens qui, au coucher du soleil, se pressent dans son espace pour danser, fl\u00e2ner ou simplement se laisser emporter dans un pays de r\u00eave, envelopp\u00e9 par le mugissement des vagues qui s&rsquo;\u00e9crasent sur les rochers. Cette promenade est le Malec\u00f3n.<\/p>\n<p>Ils passent devant deux immenses sculptures distantes d&rsquo;une centaine de m\u00e8tres, la premi\u00e8re en forme de U, la seconde en forme de I. \u00ab\u00a0Celle-ci est la sculpture f\u00e9minine, celle-l\u00e0 la masculine\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Oh, ces Cara\u00efbes, ils sont m\u00e9chants, m\u00eame quand il s&rsquo;agit de nommer les sculptures\u00a0\u00bb, pense Saman\u00e1.<\/p>\n<p>Bien que le soleil exultant r\u00e9chauffe l&rsquo;atmosph\u00e8re et que sa violente r\u00e9verb\u00e9ration sur les objets allume dans son \u00e2me le d\u00e9sir de vivre, son corps ne semble pas se satisfaire des changements brusques auxquels il est soumis. D\u00e9j\u00e0 dans l&rsquo;avion, elle avait senti comment ses amygdales commen\u00e7aient \u00e0 le faire souffrir. Maintenant, elle commen\u00e7a \u00e0 perdre la voix.<\/p>\n<p>Ils arriv\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;entreprise. Elle monta \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage pour parler \u00e0 la personne qui l&rsquo;avait contact\u00e9 lors des pr\u00e9paratifs pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;octroi du pr\u00eat. Elle entra dans son bureau. Elle allait lui dire bonjour, mais sa voix resta cach\u00e9e derri\u00e8re ses cordes vocales et ne voulut pas parvenir \u00e0 ses l\u00e8vres. Elle a r\u00e9essay\u00e9, mais en vain. Elle n&rsquo;arrivait pas \u00e0 parler. Alfredo, l&rsquo;interlocuteur surpris qui assistait aux efforts de Saman\u00e1 pour parler, lui offrit un si\u00e8ge et, fouillant nerveusement dans la pile de papiers qui recouvrait son bureau, r\u00e9ussit \u00e0 en sortir une petite bo\u00eete qu&rsquo;il lui offrit. C&rsquo;\u00e9tait un bonbon \u00e0 la menthe. \u00ab\u00a0Donnez-moi une seconde, je vais finir ce fax et je reviens tout de suite\u00a0\u00bb. Saman\u00e1 acquies\u00e7a, sourit, prit un bonbon \u00e0 la menthe dans sa bouche et, tout en le laissant se d\u00e9faire lentement, lib\u00e9ra son esprit pour scruter \u00e0 la fois l&rsquo;endroit et l&rsquo;homme qui se trouvait devant elle. Dans le monde des affaires, on dit que la premi\u00e8re impression est tr\u00e8s importante, alors t\u00e2tons le terrain !<\/p>\n<p>Alfredo l&rsquo;informa que les trois autres personnes qui devaient venir inspecter le projet arriveraient dimanche soir. Samana savait d\u00e9j\u00e0 que son patron arriverait le dimanche, mais elle pensait que l&rsquo;un des deux autres arriverait peut-\u00eatre plus t\u00f4t. Comme on \u00e9tait vendredi, elle avait tout le week-end pour elle avant de commencer \u00e0 travailler. \u00ab\u00a0Je vous verrai lundi matin. Je viendrai vous chercher \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel. Je vous ai r\u00e9serv\u00e9 une chambre \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel L&rsquo;Ambassadeur. Le chauffeur vous y conduira. Si vous avez besoin de quoi que ce soit pendant le week-end, n&rsquo;h\u00e9sitez pas \u00e0 m&rsquo;appeler\u00a0\u00bb. Il quitta le bureau et on l&rsquo;entend dire : \u00ab\u00a0Manuel ! Conduisez la dame \u00e0 l&rsquo;Ambassadeur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Elle entra dans ce qui allait \u00eatre sa petite maison pour une semaine. La chambre \u00e9tait immense et joliment d\u00e9cor\u00e9e, dans des tons pastels de rose et de bleu. Elle vit sur la commode une corbeille de fruits envelopp\u00e9e dans du papier cellophane et orn\u00e9e d&rsquo;un gros n\u0153ud. \u00ab\u00a0La directrice vous souhaite un agr\u00e9able s\u00e9jour\u00a0\u00bb, disait la petite carte. Bon, d&rsquo;abord elle prendrait une douche, se d\u00e9tendrait et ensuite elle verrait ce qu&rsquo;elle pouvait faire. Une fois envelopp\u00e9e dans le peignoir moelleux, elle s&rsquo;allongea sur le lit avec les fruits \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle pour les manger. Elle go\u00fbta petit \u00e0 petit&#8230; l&rsquo;ananas, le melon, la papaye, le pamplemousse, la mangue, les pommes&#8230;. Mmmm ! Quelle douceur exquise !&#8230;.<\/p>\n<p>Elle lui restait encore quelques heures de soleil et elle pouvait en profiter pour voir quelque chose. Elle pouvait aller visiter le quartier de la ville coloniale au bord de la mer, ou bien&#8230; Soudain, ses amygdales lui donn\u00e8rent une crampe terrible. \u00ab\u00a0Ne sortez pas aujourd&rsquo;hui. Reste ici et soigne-nous\u00a0\u00bb, semblait-on vouloir lui dire. Saman\u00e1 n&rsquo;avait d&rsquo;autre choix que de les \u00e9couter, car elle savait que si elle ne le faisait pas, elles lui rendraient l&rsquo;apr\u00e8s-midi impossible. Elle rassembla donc ses affaires, se mit sous la couverture chaude, but une tisane de camomille au miel qu&rsquo;on venait d&rsquo;apporter dans sa chambre et, tout en entonnant dans son esprit cette pri\u00e8re : \u00ab\u00a0Ma\u00eetresses, \u00eatres de lumi\u00e8re, je vous implore d&rsquo;enlever tout mal de mon corps physique et de me rendre la sant\u00e9\u00a0\u00bb, elle s&rsquo;endormit.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e9trange de venir ici apr\u00e8s une si longue p\u00e9riode. Il n&rsquo;y avait rien dans cette r\u00e9gion auparavant, seulement des arbres et le grondement de la mer. Mon \u00e2me vibre \u00e0 chaque bouff\u00e9e de cet air intense. C&rsquo;est tout pr\u00e8s d&rsquo;ici que s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 mon mariage. Je m&rsquo;en souviens encore comme si c&rsquo;\u00e9tait aujourd&rsquo;hui. Je le sens proche. J&rsquo;ai le sentiment qu&rsquo;il me reviendra bient\u00f4t.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Le lendemain, elle est sorti pour prendre son petit-d\u00e9jeuner. Son id\u00e9e \u00e9tait de louer une voiture et de visiter l&rsquo;\u00eele, mais elle n&rsquo;avait aucune envie de conduire dans un pays o\u00f9 il n&rsquo;y a pas de r\u00e8gles de circulation. Lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;est adress\u00e9e \u00e0 la r\u00e9ceptionniste pour demander un endroit o\u00f9 louer une voiture, elle a essay\u00e9 en vain d&rsquo;articuler. Les mots ne sortaient pas. Avec beaucoup d&rsquo;efforts, elle a r\u00e9ussi \u00e0 se faire comprendre. La jeune fille lui a gentiment propos\u00e9 d&rsquo;appeler elle-m\u00eame diff\u00e9rentes agences et de lui communiquer les prix et les disponibilit\u00e9s. Saman\u00e1 se rendit au buffet, remplit une assiette de toutes sortes de fruits tropicaux, et alla s&rsquo;asseoir.<\/p>\n<p>La petite salle \u00e0 manger se trouvait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;immenses fen\u00eatres qui s&rsquo;ouvraient sur la mer. \u00c0 l&rsquo;exception d&rsquo;une petite table \u00e0 laquelle \u00e9tait assis un gar\u00e7on, le reste \u00e9tait vide. En passant devant lui, elle le salua : \u00ab\u00a0Bonjour\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Bonjour\u00a0\u00bb. Elle d\u00e9duit de son accent qu&rsquo;il \u00e9tait espagnol et lui demanda. \u00ab\u00a0Oui, je suis de Salamanque\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Le monde est si petit ! Moi aussi! Puis-je m&rsquo;asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de vous ?\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Bien s\u00fbr\u00a0\u00bb.\u00a0 Bien que la voix soit \u00e0 peine sortie de ses tripes, elle a pu lui faire part de ses vagues projets pour ce week-end. \u00ab\u00a0Ne loue m\u00eame pas de voiture dans le coin. Je pars maintenant pour Puerto Plata et si tu veux, je t&#8217;emm\u00e8ne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Saman\u00e1 \u00e9tait confortablement install\u00e9e dans le si\u00e8ge moelleux de la voiture. Juste \u00e0 la sortie de la capitale, on pouvait voir, des deux c\u00f4t\u00e9s de la route, des maisons multicolores \u00e0 un \u00e9tage, faites de feuilles de palmier ou de bois, avec leurs toits de t\u00f4le caract\u00e9ristiques. Comme la vie \u00e9tait dure, il fallait lui donner une touche de gaiet\u00e9 en peignant la fa\u00e7ade avec des couleurs pleines de force et de vitalit\u00e9. Des jaunes vifs, des roses, des bleus, des verts, des rouges. Toutes les combinaisons, aussi choquantes furent-elles au premier abord, \u00e9taient permises, pourvu qu&rsquo;elles faissaient na\u00eetre un l\u00e9ger sourire sur les l\u00e8vres de ceux qui les regardaient.<\/p>\n<p>L&rsquo;interdiction de couper les arbres, sous peine d&#8217;emprisonnement en cas de flagrant d\u00e9lit, avait contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement d&rsquo;une v\u00e9g\u00e9tation dense qui, au fil des ans, \u00e9tait devenue la reine incontest\u00e9e des lieux, envahissant \u00e0 l&rsquo;envi et partout les collines montagneuses qui se trouvaient sur son passage. C&rsquo;\u00e9tait un plaisir de rouler sur cette route, encadr\u00e9e par d&rsquo;\u00e9normes montagnes couvertes de ce vert intense. Vert sur vert contre le bleu du ciel.<\/p>\n<p>Ils se dirigeaient vers le nord, vers l&rsquo;oc\u00e9an, en bordure de la Sierra Central, d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergeaient des sommets imposants, comme le Pico Duarte, haut de plus de trois mille m\u00e8tres. Toute la g\u00e9ographie \u00e9tait sillonn\u00e9e de rivi\u00e8res, de ruisseaux et de torrents qui caressaient, labouraient et distribuaient les terres fertiles. Apr\u00e8s avoir d\u00e9pass\u00e9 Santiago, la deuxi\u00e8me ville du pays, Lorenzo fit un d\u00e9tour et commen\u00e7a \u00e0 gravir une route de montagne. Ils devaient traverser la Sierra Septentrional et il avait choisi la plus belle fa\u00e7on de le faire. Il a d\u00fb se dire : \u00ab\u00a0Pauvre fille ! Qu&rsquo;elle s&rsquo;en aille au moins en ayant vu quelque chose\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Comme toute bonne route de montagne, c&rsquo;\u00e9tait une succession ininterrompue de virages. Les yeux de Saman\u00e1 n&rsquo;\u00e9taient pas assez grands pour saisir tant de beaut\u00e9. Elle ne savais pas o\u00f9 regarder, car chaque virage surpassait le pr\u00e9c\u00e9dent en beaut\u00e9. Les vall\u00e9es qui s&rsquo;\u00e9tendaient \u00e0 ses pieds comme des manteaux de verdure immacul\u00e9e, les mille et une vari\u00e9t\u00e9s de palmiers qui rivalisaient pour atteindre les nuages, les petites maisons perch\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur des courbes et qui ressemblaient \u00e0 des trap\u00e9zistes vacillants sur des falaises abruptes&#8230;. Les murs, eux aussi, \u00e9taient les t\u00e9moins muets d&rsquo;une autre forme de beaut\u00e9. Charg\u00e9s de slogans politiques et de revendications sociales, ils \u00e9taient la voix d&rsquo;un peuple pauvre, avec des taux d&rsquo;analphab\u00e9tisme \u00e9lev\u00e9s, mais qui r\u00e9clamait une pinc\u00e9e de dignit\u00e9.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-19543 aligncenter\" src=\"https:\/\/mongonzalez.es\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/No-vote-en-las-elecciones-300x206.jpg\" alt=\"\" width=\"505\" height=\"347\" srcset=\"https:\/\/mongonzalez.es\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/No-vote-en-las-elecciones-300x206.jpg 300w, https:\/\/mongonzalez.es\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/No-vote-en-las-elecciones-1024x703.jpg 1024w, https:\/\/mongonzalez.es\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/No-vote-en-las-elecciones-768x528.jpg 768w, https:\/\/mongonzalez.es\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/No-vote-en-las-elecciones-1536x1055.jpg 1536w, https:\/\/mongonzalez.es\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/No-vote-en-las-elecciones-2048x1407.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 505px) 100vw, 505px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Ne vote pas dans les elections; ce sont la f\u00eate des riches; lutte\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce qui la laissait sans voix et qui ne cessera de l&rsquo;\u00e9merveiller tout au long de son s\u00e9jour sur cette \u00eele, c&rsquo;\u00e9taient les papillons. Tant par la richesse de leurs formes et de leurs couleurs &#8211; il y en avait des lilas, des verts, des rouges, des jaunes, des roses, des blancs, des bruns, des marrons -, que par leur vivacit\u00e9 et leur joie, on pouvait dire qu&rsquo;ils \u00e9taient les envahisseurs pacifiques de cette \u00eele.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Quand j&rsquo;\u00e9tais enfant, ma grand-m\u00e8re nous disait que chaque Indien avait un papillon pour marraine. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il y avait tant de couleurs diff\u00e9rentes, parce que les hommes et les femmes qui vivaient \u00e0 Ayit\u00ed \u00e9taient tous fondamentalement diff\u00e9rents. Et comme la saison de naissance influen\u00e7ait l&rsquo;\u00eatre, le papillon en d\u00e9pendait. Les blancs et les verts prot\u00e9geaient ceux qui naissaient pendant la saison des pluies, les bleus-gris ceux qui naissaient en hiver, les rouges-orang\u00e9s ceux qui naissaient sous le soleil d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Les jaunes \u00e9taient les \u00e2mes gardiennes des \u00eatres purs qui \u00e9chappaient \u00e0 la m\u00e9canique des saisons. Ma grand-m\u00e8re disait qu&rsquo;il fallait chercher son papillon et faire pousser de belles fleurs pour le nourrir. On pouvait aussi, une fois devenu intime avec son papillon, s&rsquo;efforcer de changer de couleur ensemble&#8230; jusqu&rsquo;\u00e0 avoir une aura jaune. Pour ce faire, il fallait passer par un processus ardu de purification int\u00e9rieure&#8230; au cours duquel le doux et tendre battement de ton papillon \u00e9tait toujours une aide et un r\u00e9confort.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan se trouvait l&rsquo;oc\u00e9an, d&rsquo;un bleu plus profond que celui de la mer du Sud, et ils descendirent la pente verte en sa direction. Il la laissa sur la plage et s&rsquo;\u00e9loigna. Saman\u00e1 grimpa sur des rochers au milieu du sable&#8230; elle resta \u00e0 contempler le calme balancement des eaux&#8230; et se sentit flotter. Non loin de l\u00e0, un couple se baignait dans l&rsquo;eau, se serrant si fort l&rsquo;un contre l&rsquo;autre qu&rsquo;ils semblaient se fondre l&rsquo;un dans l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Elle passa la journ\u00e9e \u00e0 d\u00e9ambuler dans les rues \u00e9troites de cette ville coloniale, qui conservait encore des forts, des \u00e9glises et de nombreuses maisons en bois multicolores. Elle arr\u00eata un <em>motoconcho<\/em>, une moto qui faisait office de taxi, et l&rsquo;a mont\u00e9e au sommet d&rsquo;une \u00e9norme montagne, la Lometa de Santa Isabel, une r\u00e9serve naturelle qui entourait la ville et semblait l&rsquo;\u00e9treindre comme un bouclier protecteur. Depuis le sommet, la vue \u00e9tait magnifique, sur toute la c\u00f4te jusqu&rsquo;au-del\u00e0 de la fronti\u00e8re ha\u00eftienne. En contrebas s&rsquo;\u00e9tendait Puerto Plata, sereine, tranquille.<\/p>\n<p>Le soir, elle prit un bus pour retourner \u00e0 la capitale. Elle a retrouv\u00e9 le gentil couple et ils ont entam\u00e9 une conversation&#8230;. Beaucoup de mots, d&rsquo;affection et de sentiments. Arriv\u00e9s \u00e0 Saint-Domingue, ils n&rsquo;\u00e9taient plus des \u00e9trangers. \u00ab\u00a0Je m&rsquo;\u00e9tonne de la rapidit\u00e9 avec laquelle nous pouvons aimer certaines personnes qui traversent notre vie si rapidement\u00a0\u00bb, a-t-elle pens\u00e9.<\/p>\n<p>Bien que le lendemain lui ait apport\u00e9 son lot d&rsquo;exp\u00e9riences et de joies, en d\u00e9couvrant le quartier colonial de Saint-Domingue, en rendant visite \u00e0 F\u00e9lix et G\u00e9nova, le couple de la veille, dans leur maison d&rsquo;un faubourg de la p\u00e9riph\u00e9rie, et en assistant \u00e0 un merveilleux concert dans un grand h\u00f4tel de la capitale, quelque chose en elle l&rsquo;agitait, quelque chose lui disait : \u00ab\u00a0Pr\u00e9pare-toi, il arrive\u00a0\u00bb. Et son sang bouillonnait d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h1><span class=\"ez-toc-section\" id=\"ii_un_premier_contact\"><\/span><strong>II. Un premier contact<\/strong><span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n<p>Son premier jour de travail a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 \u00e0 la visite des diff\u00e9rentes succursales de l&rsquo;entreprise et de la concurrence dans la capitale de Saint-Domingue et ses environs. Observer, prendre des donn\u00e9es, v\u00e9rifier, poser des questions, prendre des notes, analyser, raisonner&#8230; Ce n&rsquo;\u00e9tait que le soir, pendant le d\u00eener, que son \u00e2me sembla faire une petite pause. Elle a pu se d\u00e9tendre. La table \u00e9tait rectangulaire. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, \u00e0 sa droite, en bout de table, se trouvait Alfredo, un Dominicain d&rsquo;origine libanaise. En face d&rsquo;elle, son patron allemand, Michael. \u00c0 sa gauche, Matt, le type de la Banque Mondiale qui avait fait le voyage depuis Washington. En face de lui, Bob, un consultant am\u00e9ricain, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la retraite, mais expert incontest\u00e9 du secteur. Entre Matt et Bob, sur l&rsquo;autre bout de table, Marco, le fr\u00e8re d&rsquo;Alfredo. Voil\u00e0 Saman\u00e1 dans un luxueux restaurant italien, sur une \u00eele des Cara\u00efbes, entour\u00e9e d&rsquo;hommes venus du monde entier, pour qui elle \u00e9tait le centre d&rsquo;attention, la destination de leurs festinages.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, elle r\u00e9duisit son horizon, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle concentra tout son int\u00e9r\u00eat sur Alfredo. Elle s&rsquo;\u00e9tonnait qu&rsquo;elle semblait le conna\u00eetre si bien, alors qu&rsquo;ils ne s&rsquo;\u00e9taient vus que quelques heures. Ils parlaient de sa vie, de ses voyages, de ses loisirs, de choses apparemment banales&#8230; mais ils apprenaient peu \u00e0 peu \u00e0 se conna\u00eetre. Il y avait tant de similitudes entre leurs vies que cela paraissait incroyable.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Alfredo, quand tu es parti \u00e0 seize ans pour \u00e9tudier \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, d&rsquo;abord quatre ans aux Etats-Unis, puis deux ans en France, puis autant d&rsquo;ann\u00e9es en Am\u00e9rique, j&rsquo;\u00e9tais loin, dans mon Espagne natale, pr\u00e9parant mon avenir de nomade errant avec les jeux de mon enfance. Moi aussi, j&rsquo;ai pass\u00e9 la moiti\u00e9 de ma vie \u00e0 errer, d&rsquo;un pays \u00e0 l&rsquo;autre, d&rsquo;un continent \u00e0 l&rsquo;autre. Errer seule, mais en sachant que cette solitude me pr\u00e9parait. En rendant nos vies parall\u00e8les, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, le destin a voulu que nous nous ressemblions. Les \u00eatres qui vivent des exp\u00e9riences similaires ont tendance \u00e0 d\u00e9velopper une aura similaire. Mais \u00e0 quoi jouait le destin ?<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Il la regarda dans les yeux et lui dit : \u00ab\u00a0Je sens que tu es une personne pour qui les langues ne sont pas que des mots, mais que tu peux \u00eatre fascin\u00e9e par la culture qui se cache derri\u00e8re\u00a0\u00bb. Une petite flamme brilla dans les yeux de Saman\u00e1. Rarement quelqu&rsquo;un avait r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9voiler le v\u00e9ritable sens de sa folle passion pour les langues. Son envie de mieux comprendre le sentiment de l&rsquo;\u00e2me qui se cache derri\u00e8re une mer de mots. Et cet inconnu avait mis dans le mille. Il faudrait qu&rsquo;elle l&rsquo;observe mieux. Il avait quelque chose de particulier qui, lentement, comme une plante grimpante au clair de lune, commen\u00e7ait \u00e0 l&rsquo;envahir, \u00e0 s&rsquo;infiltrer dans les interstices de son \u00e2me.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;ils rentr\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel, son patron s&rsquo;exclama : \u00ab\u00a0Je crois que le m\u00e9lange de sang latin et arabe est un peu explosif pour toi\u00a0\u00bb et sourit. Saman\u00e1 regagna sa chambre d&rsquo;un pas m\u00e9ditatif. C&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre \u00e7a. Les deux parties du monde pour lesquelles elle \u00e9prouvait une fascination aveugle et irrationnelle \u00e9taient les pays arabes et l&rsquo;Am\u00e9rique latine. Peut-\u00eatre que cela avait quelque chose \u00e0 voir avec ce qu&rsquo;elle ressentait. Alors qu&rsquo;elle attendait le sommeil dans son lit, elle ne pouvait s&rsquo;\u00f4ter de l&rsquo;esprit une phrase qu&rsquo;Alfredo lui avait adress\u00e9e \u00e0 deux reprises cette nuit-l\u00e0 : \u00ab\u00a0Je pense que tu es une femme tr\u00e8s intense\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Bonjour, tu m&rsquo;entends, je suis venue te chercher. Je sais que ton \u00e2me a surv\u00e9cu au naufrage et qu&rsquo;il est \u00e9crit que dans cette existence nous nous retrouverons. S&rsquo;il te pla\u00eet, mon amour, donne-moi un signe clair de l&rsquo;endroit o\u00f9 tu te trouves, dans quel corps tu es. Parle-moi. Je t&rsquo;attends.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<h1><span class=\"ez-toc-section\" id=\"iii_la_reunion_des_ames_haletantes\"><\/span><strong>III. La r\u00e9union des \u00e2mes haletantes<\/strong><span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n<p>La journ\u00e9e du lendemain s&rsquo;\u00e9coula \u00e0 nouveau en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, visitant les \u00e9tablissements de Marevol et ceux de la concurrence \u00e0 Santiago. On recommence \u00e0 observer, \u00e0 prendre des donn\u00e9es, \u00e0 v\u00e9rifier, \u00e0 questionner, \u00e0 noter, \u00e0 analyser, \u00e0 raisonner. L&rsquo;esprit semblait incapable d&rsquo;assimiler les informations \u00e0 la vitesse \u00e0 laquelle elles arrivaient. Elle se sentait comme un autiste envelopp\u00e9 dans une bulle de verre. Les donn\u00e9es s&rsquo;\u00e9crasaient dans la bulle et fusaient dans toutes les directions de l&rsquo;univers&#8230; tandis que le pauvre esprit \u00e9tait incapable de courir apr\u00e8s et de les capturer. Malgr\u00e9 le stress mental, son \u00e2me \u00e9tait incompr\u00e9hensiblement immerg\u00e9e dans un lac de paix sereine et infinie.<\/p>\n<p>La nuit revint. Les six <em>chevaliers de l&rsquo;Apocalypse<\/em> d\u00eenerent comme la veille, mais cette fois autour d&rsquo;une table ronde dans le restaurant chinois de l&rsquo;h\u00f4tel. Pendant la journ\u00e9e, le corps \u00e9tait nourri de plats locaux l\u00e9gers, et le soir, maintenant bien douch\u00e9 et d\u00e9tendu, il \u00e9tait nourri d&rsquo;exotismes lointains. La conversation g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait agr\u00e9able, d\u00e9tendue, tout se passait normalement, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;Alfredo pressa durement et tendrement le pied de Saman\u00e1 sous la table. Un \u00e9clair incontr\u00f4lable a travers\u00e9 son corps et l&rsquo;a assomm\u00e9e pour quelques tours. Assomm\u00e9e, incapable de r\u00e9agir. Jamais de sa vie elle n&rsquo;avait ressenti une tension aussi forte \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;elle-m\u00eame. Quoi faire ? Comment r\u00e9agir ? Elle \u00e9tait mat\u00e9riellement incapable de tourner le cou pour le regarder, de lever la t\u00eate pour regarder quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre dans le cercle. Elle \u00e9tait s\u00fbrement devenue rouge et tout le monde l&rsquo;avait remarqu\u00e9. \u00ab\u00a0Saman\u00e1, passe-moi le riz, s&rsquo;il te pla\u00eet\u00a0\u00bb, dit Michael. Elle ob\u00e9it comme un automate, mais r\u00e9ussit \u00e0 capter du coin de l&rsquo;\u0153il le regard consolateur que lui lan\u00e7ait son patron. D&rsquo;une certaine mani\u00e8re, la chaleur de ce regard la rassura et elle put reprendre le contr\u00f4le de son corps. \u00ab\u00a0Merci, patron\u00a0\u00bb, se dit-elle.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le d\u00eener, tout le monde monta dans sa chambre. Saman\u00e1 atteignit la sienne, juste \u00e0 temps pour fermer la porte derri\u00e8re elle avant de s&rsquo;effondrer sur le sol \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du lit. Elle n&rsquo;avait plus la force de bouger. Un sentiment inconnu jusqu&rsquo;alors l&rsquo;envahit. Une flamme incontr\u00f4lable l&rsquo;envahit.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Jimani, je sens ton \u00e2me se rapprocher \u00e0 travers les \u00e2ges. Je sens comment tu renais du sommeil des justes et comment tu traverses la n\u00e9buleuse de l&rsquo;espace pour te prosterner devant moi. Montre-toi.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone sonne. \u00ab\u00a0<i>Comment vas-tu<\/i>? Tu es d\u00e9j\u00e0 en train de dormir ?\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Non, je descends tout de suite\u00a0\u00bb. En un clin d&rsquo;\u0153il, Saman\u00e1 se tient pr\u00e8s de la porti\u00e8re de la voiture. Elle s&rsquo;est pench\u00e9e \u00e0 la hauteur de la fen\u00eatre, l&rsquo;a regard\u00e9 et est mont\u00e9e. Silence. \u00ab\u00a0O\u00f9 allons-nous ?\u00a0\u00bb demanda-t-il. \u00ab\u00a0Montre-moi un endroit agr\u00e9able\u00a0\u00bb. Et ils sont partis. Il a gar\u00e9 la voiture \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un jardin. Au milieu des jardins se trouvait un petit b\u00e2timent octogonal. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur, un escalier en colima\u00e7on per\u00e7ait les entrailles de la terre, entour\u00e9 de stalactites qui pendaient audacieusement du plafond de la grotte, de racines et de troncs d&rsquo;arbres li\u00e9s en symbiose intime avec la roche. En contrebas, un petit bar, un mini-restaurant, un orchestre et une minuscule piste de danse. La grandeur des plafonds de la grotte contrastait avec la taille r\u00e9duite de toutes les \u00e9mulations de jouets sur le sol. Ils se sont assis sur des tabourets pr\u00e8s du bar. Ils commenc\u00e8rent \u00e0 parler un peu de tout et la nervosit\u00e9 disparut. Il avait une fa\u00e7on si d\u00e9tendue et int\u00e9ressante de d\u00e9velopper n&rsquo;importe quel sujet que, quel que soit le sujet abord\u00e9, son esprit \u00e9tait fascin\u00e9.<\/p>\n<p>Ce matin-l\u00e0, alors qu&rsquo;ils roulaient vers Santiago, Samana avait critiqu\u00e9 la politique n\u00e9o-imp\u00e9rialiste des \u00c9tats-Unis aupr\u00e8s de Matt, tandis que le pauvre homme essayait en vain de trouver des arguments susceptibles de le convaincre du contraire. Maintenant, Alfredo la jugeait pour cela. \u00ab\u00a0Au fond, je suis d&rsquo;accord avec ce que tu dis, mais je pense que tu es un peu na\u00efve. Tout ce qui vient des \u00c9tats-Unis n&rsquo;est pas mauvais. Par exemple, c&rsquo;est un pays qui offre d&rsquo;innombrables opportunit\u00e9s \u00e0 de nombreuses personnes qui arrivent les mains vides\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Mais qu&rsquo;en est-il de leur politique \u00e9go\u00efste d&rsquo;exploitation et de domination de l&rsquo;Am\u00e9rique latine ?\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Toute grande puissance la d\u00e9veloppe, mais ne t&rsquo;inquiete pas, car elle doit changer. Si ils ne veulent pas que nous, les Latino-Am\u00e9ricains, les envahissions avec notre faim, ils devront changer de politique et aider r\u00e9ellement nos pays \u00e0 se d\u00e9velopper, non pas par altruisme, bien s\u00fbr, mais pour que nous ne soyons pas un obstacle \u00e0 leur propre croissance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Alfredo l&rsquo;invita \u00e0 danser. Le rythme du merengue \u00e9tait tr\u00e8s entra\u00eenant. C&rsquo;\u00e9tait irr\u00e9sistible de danser, de bouger son corps petit \u00e0 petit, imperceptiblement, presque sans quitter sa place, alors que pas une seule particule du corps ne restait sans faire sa part dans ce balancement. C&rsquo;\u00e9tait comme jouer \u00e0 la danse, sans danser, le mouvement total dans l&rsquo;immobilit\u00e9 absolue. Il la prit dans ses bras et acc\u00e9l\u00e8ra sa vitesse de rotation. Entre le vertige que tant de tournoiement l&rsquo;avait produit et le courant magn\u00e9tique qui \u00e9lectrocutait ses membres, elle n&rsquo;avait d&rsquo;autre choix que de s&rsquo;appuyer sur lui et de se laisser aller, si elle ne voulait pas tomber au sol. Cette chanson, ce d\u00e9licieux supplice, dura une \u00e9ternit\u00e9. Quand la chanson fut enfin termin\u00e9e, ils all\u00e8rent au bar, pay\u00e8rent et partirent.<\/p>\n<p>Ils sont rest\u00e9s pr\u00e8s d&rsquo;un arbre et il l&rsquo;a embrass\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Combien de si\u00e8cles \u00e0 attendre ton baiser ! Combien d&rsquo;\u00e9ons ! Maintenant que j&rsquo;ai go\u00fbt\u00e9 le miel de tes l\u00e8vres, je sais que tu es celui que j&rsquo;attendais. J&rsquo;ai senti monter en moi la m\u00eame source de bonheur que lorsque tu m&rsquo;as embrass\u00e9e pour la premi\u00e8re fois au bord du lac sacr\u00e9 de la Grande Grotte. Merci d&rsquo;avoir entendu mes supplications et d&rsquo;\u00eatre venu \u00e0 moi. Assieds-toi \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi et dis-moi ce que tu as fait depuis tant d&rsquo;existences que nous ne nous sommes pas vus. Parle, mon amour, je t&rsquo;\u00e9coute.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<h1><span class=\"ez-toc-section\" id=\"iv_la_fusion_des_feux_sacres\"><\/span><strong>IV. La fusion des feux sacr\u00e9s<\/strong><span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n<p>Le mercredi a commenc\u00e9 par une visite \u00e0 l&rsquo;ambassadeur d&rsquo;Allemagne, qui l&rsquo;a inform\u00e9e, ainsi que Michael, de la situation politique et macro\u00e9conomique du pays. Ensuite, ils ont visit\u00e9 le centre de distribution de Marevol avec les Am\u00e9ricains et Alfredo. Un b\u00e2timent gigantesque. Saman\u00e1 aurait donn\u00e9 n&rsquo;importe quoi pour que le soleil radieux de midi la rende minuscule, minuscule, minuscule&#8230; pour la fondre dans l&rsquo;asphalte qui coule. Comme il est difficile de dissimuler son indiff\u00e9rence face \u00e0 un \u00eatre dont le seul regard te d\u00e9chire l&rsquo;\u00e2me !<\/p>\n<p>Vinrent ensuite sept heures pendant lesquelles tous les cinq, avec Luis, le cousin d&rsquo;Alfredo, \u00e9taient clo\u00eetr\u00e9s dans une petite pi\u00e8ce. L&rsquo;objectif \u00e9tait de poser un maximum de questions afin de recueillir et de v\u00e9rifier toutes les donn\u00e9es n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration du rapport de faisabilit\u00e9 du projet : nombre d&#8217;employ\u00e9s dans chaque site, volume de vente par employ\u00e9 et par m\u00e8tre carr\u00e9, politique de prix, gamme de produits, politique du personnel, formation des cadres, stocks, politique de contr\u00f4le, organigramme, informatisation, ratios sectoriels, politique de marketing.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de la session marathon, une nouvelle aventure commen\u00e7a. Elle se pr\u00e9cipita dans un magasin pour acheter un cadeau \u00e0 Genova. C&rsquo;\u00e9tait son anniversaire et elle l&rsquo;avait appel\u00e9e pour lui dire qu&rsquo;elle allait lui rendre visite. Genova et Felix \u00e9taient ce doux couple d&rsquo;amoureux \u00e9ternels qu&rsquo;elle avait rencontr\u00e9 sur le chemin du retour de Puerto Plata. Apr\u00e8s avoir fouill\u00e9 en quelques secondes, parce qu&rsquo;ils fermaient, elle lui a achet\u00e9 un service de vaisselle, avec les torchons assortis. Ils \u00e9taient tr\u00e8s volumineux. Le chauffeur de Marevol l&rsquo;a emmen\u00e9e dans les bidonvilles de Santo Domingo, o\u00f9 vivait Genova. Elle ne s&rsquo;explique pas comment elle a pu retrouver la petite maison dans le d\u00e9dale des rues \u00e9troites. La v\u00e9rit\u00e9 est qu&rsquo;elle est arriv\u00e9e, en retard, parce que la r\u00e9union avait dur\u00e9 plus longtemps que pr\u00e9vu, mais elle est arriv\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est gentil d&rsquo;\u00eatre venue, ma ch\u00e8re, je pensais que tu ne viendrais plus\u00a0\u00bb. En voyant le gros paquet dans les mains de Saman\u00e1, elle est rest\u00e9e perplexe. \u00ab\u00a0Je voulais te revoir, mais tu n&rsquo;\u00e9tais pas oblig\u00e9e de m&rsquo;apporter quoi que ce soit\u00a0\u00bb. La pauvre fille ne savait pas comment r\u00e9agir. \u00ab\u00a0Chut, mon enfant, ne dis rien et ouvre le paquet, on va voir si tu l&rsquo;aimes\u00a0\u00bb. Iralis, sa pr\u00e9cieuse petite fille de deux ans, s&rsquo;est empress\u00e9e de l&rsquo;aider dans la t\u00e2che laborieuse d&rsquo;ouvrir le paquet soigneusement emball\u00e9. Petit \u00e0 petit, leurs visages s&rsquo;illuminerent de joie. \u00ab\u00a0Je t&rsquo;ai donn\u00e9 un de ces torchons\u00a0\u00bb, dit F\u00e9lix. \u00ab\u00a0Oh, Felix, je l&rsquo;ai perdu dans le dernier transfert\u00a0\u00bb, r\u00e9pondit Geno, avec la voix d&rsquo;une \u00e9pouse r\u00e9sign\u00e9e qui se voit soudain capable, ne serait-ce que pour quelques heures, d&rsquo;\u00e9chapper par la pens\u00e9e aux contraintes et aux limitations qui \u00e9touffent sa vie quotidienne. Chaque pi\u00e8ce de vaisselle qui sortait de la bo\u00eete \u00e9tait l&rsquo;occasion d&rsquo;un nouveau cri d&rsquo;exultation. \u00ab\u00a0Je vais en prendre soin pour qu&rsquo;elle soit en un seul morceau quand tu reviens nour voir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Elle a d\u00een\u00e9 une assiette de <i>mole guand\u00fa<\/i>, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une assiette de riz avec des lentilles, des poivrons, de l&rsquo;ail, des oignons, des tomates et ce qu&rsquo;ils appelaient des l\u00e9gumes (une herbe \u00e9trange semblable au persil). Je dis qu&rsquo;elle a d\u00een\u00e9, car les pauvres avaient d\u00e9j\u00e0 mang\u00e9, croyant qu&rsquo;elle ne viendrait plus. C&rsquo;\u00e9tait, selon les mots de Saman\u00e1, un d\u00e9lice exquis. Alors qu&rsquo;elle avait termin\u00e9 et qu&rsquo;elles \u00e9taient toutes deux engag\u00e9es dans une conversation anim\u00e9e, le bipeur de F\u00e9lix s&rsquo;est d\u00e9clench\u00e9. M\u00eame si elle savait que F\u00e9lix, en tant qu&rsquo;ing\u00e9nieur, devait \u00eatre joignable, elle fut surprise d&rsquo;entendre le bip d&rsquo;un bipeur au milieu de cette jungle de choses \u00e9l\u00e9mentaires. Geno monta dans le cockpit pour \u00e9couter le message. \u00ab\u00a0Saman\u00e1, c&rsquo;\u00e9tait pour toi, ils viennent te chercher\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ils habill\u00e8rent la fillette et accompagn\u00e8rent Saman\u00e1 hors du labyrinthe de bidonvilles dans lequel ils vivaient. Ils atteignirent la rue principale. Il y avait un endroit avec des petites tables et de la musique qu&rsquo;ils appelaient les Parag\u00fcitas. Ils l&rsquo;attendaient \u00e0 la porte. Elle dit au revoir \u00e0 cette tendre famille dominicaine. \u00ab\u00a0Ne pleure pas, Geno\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0C&rsquo;est juste que je ne te reverrai peut-\u00eatre pas\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Tu verras qu&rsquo;on le fera, et m\u00eame si c&rsquo;est le cas, l&rsquo;important est que nous nous soyons connues et que nous nous soyons donn\u00e9es de l&rsquo;affection pendant ces jours, le reste sera d\u00e9cid\u00e9 par l&rsquo;avenir, pas par nous\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Elle est mont\u00e9e dans la voiture. La voiture a d\u00e9marr\u00e9. Quelques m\u00e8tres plus loin, elle s&rsquo;arr\u00eata \u00e0 nouveau. Alfredo la regarda avec des yeux enflamm\u00e9s de passion et, tout en pronon\u00e7ant \u00ab\u00a0Tu me rends fou\u00a0\u00bb, il l&#8217;embrassa ardemment sur les l\u00e8vres. Un baiser qui a dur\u00e9 un instant infini, une \u00e9ternit\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Comme deux vilains \u00e9coliers faisant l&rsquo;\u00e9cole buissonni\u00e8re pour la premi\u00e8re fois, ils traversaient tous les deux les rues de Saint-Domingue, se sentant libres, ayant l&rsquo;impression de voler&#8230; Ils traversaient les mondes inconnus avec la simple sensation de pl\u00e9nitude totale qui emplissait leurs \u00e2mes. Ils avaient des ailes. Ils \u00e9taient heureux du simple fait d&rsquo;exister l&rsquo;un \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;autre, d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sents, seuls, l&rsquo;un pour l&rsquo;autre, seuls pour s&rsquo;abandonner \u00e0 leurs rires, leurs dialogues, leurs caresses, prot\u00e9g\u00e9s de tout regard scrutateur par le manteau omnipr\u00e9sent de la nuit.<\/p>\n<p>Il l&#8217;emmena dans un autre jardin o\u00f9 se trouvait une autre grotte souterraine, mais cette fois-ci immense, gigantesque, avec le haut plafond charg\u00e9 de fines roches filigran\u00e9es qui, comme de d\u00e9licates \u00e9tamines, semblaient se pencher doucement l&rsquo;une vers l&rsquo;autre pour partager leurs caresses. Il \u00e9tait rempli de petites plates-formes avec des tables basses qui tombaient en cascade sur une immense piste de danse.<\/p>\n<p>Ils se sont assis sur une petite terrasse, un peu \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart. Ils voulaient passer inaper\u00e7us, s&rsquo;entourer d&rsquo;un voile fin qui les isolerait du monde. Ils cherchaient une solitude partag\u00e9e au milieu de la foule. Ils y sont parvenus. Pour elle, il n&rsquo;y avait que lui et le Ciel, pour lui qu&rsquo;elle et la Terre. Ils se dirent tant de choses par leurs regards ! Ils d\u00e9couvrirent tant de myst\u00e8res par leurs baisers ! Ils ouvrirent tant de portes par leurs caresses ! Il \u00e9tait si infiniment doux de s&#8217;embrasser, tout en sentant comment l&rsquo;\u00e2me s&rsquo;\u00e9chappait vers l&rsquo;autre \u00eatre sous la forme d&rsquo;un soupir&#8230; !<\/p>\n<p>Il la prit par la main et l&rsquo;entra\u00eena dans la danse. Le jeu rythmique de leurs pieds semblait reproduire un vieux rituel sacr\u00e9. Leurs corps ne faisaient qu&rsquo;un sous les \u00e9toiles de cette grotte&#8230;. Leurs mouvements \u00e9taient la proie d&rsquo;un sort divin qui les enveloppait et les transportait dans un temple de lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Embrasse-moi comme tu savais le faire. Laisse-moi redevenir un morceau de ta chair&#8230; m\u00eame si ce n&rsquo;est que pour quelques heures. Ouvre-moi ton c\u0153ur et laisse-moi boire le nectar de tes veines et respirer le parfum de ta peau. Ne r\u00e9siste pas. J&rsquo;ai fait un long voyage pour te retrouver&#8230; pour te retrouver \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Et bien que je sois arriv\u00e9e tard, laisse-moi au moins pour ce soir croire au charme de ton amour.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Alfredo la serra contre lui, la souleva en l&rsquo;air et commen\u00e7a \u00e0 tourner. Elle s&rsquo;abandonna \u00e0 la douce sensation de se laisser piloter, de laisser ses jambes \u00eatre de l\u00e9g\u00e8res pales de moulin \u00e0 vent qui tournent au hasard. Elle remercia les d\u00e9esses d&rsquo;avoir entendu sa derni\u00e8re pri\u00e8re. Avec son esprit, elle rassembla toute l&rsquo;\u00e9nergie que son vol g\u00e9n\u00e9rait, elle l&rsquo;entassa, jusqu&rsquo;\u00e0 en faire un c\u0153ur de feu qu&rsquo;elle pla\u00e7a sur son front, entre ses deux yeux. Par ce serment, elle renouvellait son v\u0153u d&rsquo;amour. Quoi qu&rsquo;il arrivait, son feu resterait ind\u00e9l\u00e9bile pour les si\u00e8cles des si\u00e8cles.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;aube, ils se promen\u00e8rent sur le Malec\u00f3n. Ils pass\u00e8rent un long moment dans les bras l&rsquo;un de l&rsquo;autre, se laissant bercer par la musique des vagues. \u00ab\u00a0Cela fait presque vingt ans que je ne suis pas venu me promener ici&#8230;\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<h1><span class=\"ez-toc-section\" id=\"v_le_debut_des_adieux_a_cause_de_linterdit\"><\/span><strong>V. Le d\u00e9but des Adieux \u00e0 cause de l&rsquo;Interdit<\/strong><span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n<p>Le jour suivant fut le plus dur de tous. Ils sont entr\u00e9s dans l&rsquo;entreprise peu apr\u00e8s l&rsquo;aube et l&rsquo;ont quitt\u00e9 sous un ciel noir. Douze heures de n\u00e9gociations \u00e0 huis clos, \u00e0 discuter des clauses, des termes, des conditions de d\u00e9caissement, des \u00e9ch\u00e9ances, des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, des rendements, des marges, des ann\u00e9es d&rsquo;acquisition, des garanties, des hypoth\u00e8ques, des exon\u00e9rations fiscales, des frais, des co\u00fbts r\u00e9els de financement, de la capacit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9ration de devises, des swaps mark-to-dollar, des exigences l\u00e9gales, de l&rsquo;actionnariat, des dividendes, de la capitalisation des r\u00e9serves, de la valeur r\u00e9elle des actions, des accords de rachat, des march\u00e9s de capitaux, de la r\u00e9vision des articles d&rsquo;association.<\/p>\n<p>Cette nuit-l\u00e0, sa derni\u00e8re nuit dans les Cara\u00efbes, allait \u00eatre difficile. Alfredo organisait une f\u00eate de Action de Gr\u00e2ce chez lui. Elle s&rsquo;est mise ses plus beaux atours, une longue robe noire, simple mais \u00e9l\u00e9gante. Elle entre dans sa maison. De nombreux invit\u00e9s \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9s. Alfredo la pr\u00e9senta \u00e0 sa tante, une vieille dame avec laquelle elle bavarda un moment en arabe, \u00e0 son p\u00e8re, \u00e0 une s\u0153ur mari\u00e9e \u00e0 un Allemand, \u00e0 un fr\u00e8re mari\u00e9 \u00e0 une Allemande, \u00e0 quelques voisins, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il arrive \u00e0 sa femme.<\/p>\n<p>Saman\u00e1 la regarda dans les yeux. Elle \u00e9tait profond\u00e9ment surprise que ce moment, dont l&rsquo;\u00e9vocation m\u00eame lui avait donn\u00e9 tant de cauchemars la nuit pr\u00e9c\u00e9dente, ne e\u00fbt \u00e9t\u00e9 pas du tout difficile pour elle. C&rsquo;\u00e9tait \u00e9trange. Elle ne ressentait rien. Du moins, rien de n\u00e9gatif. M\u00eame si cet \u00eatre devant elle \u00e9tait l&rsquo;obstacle mat\u00e9riel que le destin avait plac\u00e9 entre elle et son \u00e2me s\u0153ur pour cette existence, elle \u00e9tait r\u00e9sign\u00e9e \u00e0 son sort. Au fond d&rsquo;elle-m\u00eame, elle ressentait de la tendresse pour elle. Elle \u00e9tait si mince, si fine, qu&rsquo;elle semblait implorer de sa voix douce la cl\u00e9mence du vent pour qu&rsquo;il ne l&rsquo;arrache pas \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 elle avait pris racine.<\/p>\n<p>Le d\u00eener se d\u00e9roula dans les rires sur une belle terrasse \u00e9clair\u00e9e par les flammes des \u00e9toiles.<\/p>\n<p>De retour \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel, ils r\u00e9p\u00e9t\u00e8rent leur jeu pour la derni\u00e8re fois. Elle monta dans les chambres avec tout le monde, pour redescendre quelques minutes plus tard. Elle monta dans sa voiture et ils se regard\u00e8rent. Leurs yeux \u00e9taient envelopp\u00e9s d&rsquo;un halo de tristesse brumeuse. \u00ab\u00a0Cela fait des ann\u00e9es que je n&rsquo;avais pas ressenti ce que j&rsquo;ai ressenti aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 jaloux\u00a0\u00bb, lui dit Alfredo. Elle a sourit. C&rsquo;\u00e9tait dr\u00f4le; elle qui aurait d\u00fb ressentir de la jalousie, avait pass\u00e9 la nuit \u00e0 essayer de faire de son \u00e2me un havre de paix. Au lieu de cela, lui, qui avait tout, se sentait jaloux. Elle savait exactement pourquoi. \u00c0 la fin de la soir\u00e9e, lorsque la plupart des invit\u00e9s \u00e9taient partis et qu&rsquo;il ne restait plus que les couche-tard autour d&rsquo;une table, elle avait lanc\u00e9 une gentille plaisanterie \u00e0 Matt, et celui-ci, assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, avait doucement pass\u00e9 son bras autour de ses \u00e9paules. Bien qu&rsquo;elle ne l&rsquo;avait pas fait expr\u00e8s, elle sentit le poignard de la jalousie s&rsquo;enfoncer dans le c\u0153ur d&rsquo;Alfredo, l&rsquo;homme assis en face d&rsquo;elle, qui s&rsquo;\u00e9loignait lentement dans un nuage, pour ne plus jamais revenir.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait notre dernier rendez-vous \u00e0 l&rsquo;aveugle. Jimani, tu sais que je t&rsquo;attendrai jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des temps, mais s&rsquo;il te pla\u00eet, ne tarde pas \u00e0 me revenir.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<h1><span class=\"ez-toc-section\" id=\"vi_le_a_bientot_serein\"><\/span><strong>VI. Le \u00c0 bient\u00f4t Serein<\/strong><span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n<p>Elle se rendit \u00e0 l&rsquo;entreprise pour r\u00e9cup\u00e9rer les derniers documents et dire au revoir aux gens. Elle est entr\u00e9e dans le bureau du p\u00e8re d&rsquo;Alfredo qui lui a donn\u00e9 une accolade d&rsquo;adieu tr\u00e8s sp\u00e9ciale, qu&rsquo;il a agr\u00e9ment\u00e9e d&rsquo;un \u00ab\u00a0reviens vite\u00a0\u00bb, tout droit venu du c\u0153ur.<\/p>\n<p>Alfredo l&rsquo;a accompagn\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la voiture. Il tenait dans ses mains une \u00e9norme bo\u00eete et un livre, tous deux envelopp\u00e9s dans du papier d&#8217;emballage. \u00ab\u00a0Le livre vient de l&rsquo;entreprise. La bo\u00eete est de moi. Fais attention, c&rsquo;est fragile.\u00a0\u00bb Il a mis la bo\u00eete dans la voiture et a dit au chauffeur : \u00ab\u00a0Manuel, emm\u00e8ne d&rsquo;abord la dame au Mercado Modelo et ensuite \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport\u00a0\u00bb. Il sortit \u00e0 nouveau le demi-corps de la voiture. Il prit d\u00e9licatement les joues de Saman\u00e1 entre ses mains, les embrassa et tendrement, tr\u00e8s tendrement, fit glisser ses l\u00e8vres jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elles effleurent les siennes&#8230;<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Je te comprends. Merci de me faire savoir que si ton corps n&rsquo;est pas libre, ton esprit et tes sentiments le sont, et qu&rsquo;ils m&rsquo;appartiennent toujours au plus profond de ton \u00eatre.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Manuel l&rsquo;a arr\u00eat\u00e9e au March\u00e9 Mod\u00e8le et elle y acheta des cadeaux et des souvenirs de l&rsquo;\u00eele des papillons : des objets artisanaux en argile, des sculptures en acajou, des instruments de musique pour jouer du merengue comme des maracas et des tambours, des pierres pr\u00e9cieuses comme du larimar et de l&rsquo;ambre&#8230;.. Puis elle est retourn\u00e9e dans la ville coloniale, directement dans une petite boutique qu&rsquo;elle avait d\u00e9couverte le dimanche matin et dans l&rsquo;arri\u00e8re-boutique de laquelle elle avait trouv\u00e9, en fouillant dans les vieilles peintures \u00e0 l&rsquo;huile \u00e0 prix r\u00e9duit, un tableau pr\u00e9cieux. Elle ne pouvait pas retourner en Europe en le laissant l\u00e0. Le tableau l&rsquo;appelait, l&rsquo;implorait \u00e0 travers les atomes de l&rsquo;air de l&#8217;emmener avec elle, qu&rsquo;il allait lui tenir compagnie et la r\u00e9conforter dans ses jours mornes par l&rsquo;harmonie magique que d\u00e9gagaient ses couleurs.<\/p>\n<p>Juste \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la ville et \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de l&rsquo;a\u00e9roport se trouvaient les Trois Yeux. Elle avait tellement entendu parler de la beaut\u00e9 de cet endroit qu&rsquo;elle avait suppli\u00e9 Manuel de le lui montrer. Elle ne s&rsquo;attendait pas \u00e0 devoir payer et avait d\u00e9pens\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 son dernier peso pour ses achats. \u00ab\u00a0Peu importe, je vais vous faire plaisir\u00a0\u00bb, dit Manuel, \u00ab\u00a0deux billets, s&rsquo;il vous pla\u00eet\u00a0\u00bb, et il entra avec elle. Vraiment, apr\u00e8s une semaine sur l&rsquo;\u00eele, elle aurait d\u00fb deviner de quoi il s&rsquo;agissait, ce que pouvaient \u00eatre les Tres Ojos, bien s\u00fbr, des grottes ! C&rsquo;\u00e9tait une immense grotte circulaire, dont le toit s&rsquo;\u00e9tait effondr\u00e9 il y a des mill\u00e9naires, exposant un cercle d&rsquo;air \u00e0 travers lequel la lumi\u00e8re du jour s&rsquo;engouffrait avec exaltation. Ses parois \u00e9taient encore des pouponni\u00e8res de stalactites qui per\u00e7aient la terre en trois endroits. Ces trois yeux d\u00e9bordaient d&rsquo;eau cristalline, de l&rsquo;eau qui jaillissait lentement des murs et d\u00e9goulinait des plafonds. La terre pleurait.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Merci au destin de m&rsquo;avoir montr\u00e9 encore une fois, avant de tourner la page de cette existence, le Lac Sacr\u00e9 de la Grande Grotte. En revenant ici avant de partir, je comprends que tu me chuchotes la proph\u00e9tie \u00e0 l&rsquo;oreille. Il m&rsquo;a embrass\u00e9e il y a des lustres au bord de ce lac. Maintenant, je peux capturer le baiser qu&rsquo;il m&rsquo;a donn\u00e9 ce matin et, oubliant que l&rsquo;espace et le temps existent, le transf\u00e9rer ici. Le pass\u00e9 se r\u00e9p\u00e8te. Mon cycle de recherche et d&rsquo;attente recommence.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-19507 aligncenter\" src=\"https:\/\/mongonzalez.es\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/00_Mon-y-el-mar-Caribe-300x156.jpg\" alt=\"\" width=\"692\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/mongonzalez.es\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/00_Mon-y-el-mar-Caribe-300x156.jpg 300w, https:\/\/mongonzalez.es\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/00_Mon-y-el-mar-Caribe-1024x533.jpg 1024w, https:\/\/mongonzalez.es\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/00_Mon-y-el-mar-Caribe-768x400.jpg 768w, https:\/\/mongonzalez.es\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/00_Mon-y-el-mar-Caribe.jpg 1183w\" sizes=\"(max-width: 692px) 100vw, 692px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Histoire n\u00e9e apr\u00e8s un voyage en R\u00e9publique Dominicaine en 1994<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":19496,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[216,215],"tags":[],"class_list":["post-19552","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-moncontes-fr","category-moncreativite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19552","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=19552"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19552\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":25648,"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19552\/revisions\/25648"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19496"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=19552"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=19552"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mongonzalez.es\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=19552"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}<!-- BEGIN: XGlobal Link Keeper -->
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